J'ai fait un stage de survie
Le 6-7 Avril dernier, j’étais en stage de survie.
C’était une première expérience pour moi.
L’immersion originelle dans un univers qui m’appelle depuis petit.
J’ai toujours été fasciné par les forces élites.
Ces hommes et ces femmes à la force mentale et physique herculéenne.
Ces bipèdes que rien ne semble pouvoir briser.
Ces humains caméléons qui arrivent à se sortir de n’importe quelle situation — peu importe à quel point elles paraissent sans issue.
Je respecte cette résilience.
Plus encore, je l’envie.
Alors, en alignement parfait avec mon identité 3.0, j’ai décidé de faire un premier pas vers la construction de ces compétences.
Voici les 7 leçons que j’en ai tirées :
1. L’être humain est dépendant
C’est le premier constat qui m’a frappé.
Au 21ème siècle, on traverse nos journées avec une sensation d’indépendance.
On a un toit, de la nourriture dans le frigo, de l’eau en illimité et on baigne dans ce confort depuis si longtemps que l’abondance est devenue notre état d’esprit par défaut.
Ces ressources nous permettent de performer dans toutes les autres tâches de notre vie.
Mais on les a tellement toujours eus qu’on a fini par oublier qu’on en était dépendant.
Spoiler alert : nous sommes beaucoup plus fragiles qu’on ne le pense.
La règle des 3/3/3 nous dit que l’on peut survivre :
- 3 minutes sans respirer
- 3 jours sans boire
- 3 semaines sans bouffer
Si on met de côté l’air (en abondance aux 4 coins de la planète), notre prochaine deadline vitale est l’eau.
3 jours.
72H sans cette ressource = la mort.
Se retrouver à poil dans un environnement naturel, c’est de l’humilité en intraveineuse.
T’es là, comme un con, sans abri, sans nourriture et sans eau.
T’as quelques heures pour te démerder à construire un environnement dans lequel tu vas pouvoir survivre — avec ton corps et un vieux couteau.
Je peux te promettre une chose, c’est qu’il est bien plus facile de définir ses priorités dans ce contexte que le cul derrière l’ordi.
Première leçon donc : l’être humain est dépendant.
N’oublions pas :
- D’éprouver de la gratitude pour l’abondance de ces ressources au quotidien
- De toujours garder un œil sur la présence ou l’absence de celles-ci en situation de danger
2. On n’a plus les compétences de nos ancêtres mais toujours le câblage
Adaptation oblige, les compétences de nos ancêtres ont disparu.
Au fur et à mesure de l’évolution humaine et technologique, nous n’avons plus eu besoin de savoir :
- Allumer un feu
- Construire un abri
- Chasser notre nourriture
- Récupérer et filtrer de l’eau
- Détecter l’orientation du vent
- Se repérer à la lumière du soleil
Et j’en passe.
D’abord, la connaissance est transmise.
Ensuite, la pratique transforme cette connaissance en compétence ("use it or loose it").
Si un maillon de la chaine manque, la compétence n’émerge jamais.
Aujourd’hui, sur ces sujets, nous manquons des 2 — pas de transmission, pas de pratique.
Mais, "étonnamment", on se sent instantanément à notre place quand on se retrouve au milieu de la nature.
Mieux encore, notre cerveau génère toujours autant de dopamine en exécutant ces tâches.
Et si je dis « étonnamment » entre guillemets, c’est parce qu’en réalité il n’y a rien de moins étonnant.
Notre cerveau n'a presque pas bougé en 200 000 ans.
On vit dans une société ultra-moderne avec l’équipement de nos ancêtres Paléolithiques.
Et à l’époque, si tu n’exécutais pas ces tâches, tu mourrais.
Notre cerveau ayant pour but de nous faire survivre, il n’est pas étonnant qu’il ait développé un mécanisme d’incitation à l’exécution de ces tâches — aka la dopamine.
Donc c’est le kiff.
Comme une étrange sensation d’être en train de faire ce qu’on est censés faire — alors qu’en vrai on ne fait rien, à part survire.
Encore une de ces expériences épistémologiques que tu ne comprends qu’en la vivant.
3. Les douches froides me rendent plus apte
Ce point est assez intéressant parce que je me fais la remarque dans chaque situation qui nécessite une certaine résilience.
Après 9 ans à prendre quotidiennement des douches glacées, je n’ai jamais senti mon corps aussi apte à traverser les épreuves.
Pas étonnant quand on voit la longue liste des effets positifs de cette exposition :
- Amélioration de la circulation sanguine : ce qui peut aider à réduire la sensation de jambes lourdes et favoriser une meilleure oxygénation des tissus.
- Réduction de la fatigue musculaire : en réduisant l'inflammation et soulageant la fatigue musculaire.
- Renforcement du système immunitaire : certaines études suggèrent que les douches froides régulières peuvent stimuler le système immunitaire en augmentant la production de globules blancs.
- Meilleure humeur et soulagement du stress : les douches froides peuvent déclencher la libération d'endorphines, améliorant ainsi l'humeur et aidant à réduire le stress.
- Renforcement de la résilience au stress : s'exposer régulièrement au froid peut renforcer la résilience au stress en habituant progressivement le corps à des situations difficiles.
Et j’en passe.
Globalement, sur le terrain, je ressens moins le froid et je gère mieux le stress.
Raison de plus pour continuer à repousser les limites de cette exposition.
(dernière limite en date le 19 décembre 2023 avec un bain à 3°C pendant 6min17)
4. Pas de coopération, pas de survie
La nécessité de la coopération n’a jamais autant fait sens pour moi que lors de ce stage.
Dans ma vie quotidienne, j’ai du mal à me reposer sur les autres.
- J’ai du mal à déléguer.
- J’ai du mal à taffer en groupe.
- J’ai du mal accepter la lenteur associée.
Le syndrome-type du high perfomer qui a beaucoup de mal à accepter la perte de vitesse de la coopération.
À un niveau élémentaire, tout est le fruit d’une balance coût-bénéfice (Modèle de Siegrist & Karaseck).
Dans ma vie quotidienne, je vois très bien les coûts (lenteur, compromis, discussions incessantes, etc) mais très peu les bénéfices.
(j’ai aussi été traumatisé par 4 ans de gouvernance partagée dans l’ancienne ONG où je bossais)
Quand tu arrives dans un environnement hostile où tu dois performer plusieurs tâches d’importance vitale dans un timing défini ?
La tendance s’inverse.
Bizarrement, tu vois très vite les bénéfices de la coopération.
Plus le danger immédiat est fort, plus la coopération est nécessaire.
Il n’y a aucun débat sur le sujet : l’être humain n’aurait jamais survécu s’il ne s’était pas organisé autour de tribus.
À l’époque, être ostracisé du groupe signifiait la mort.
Purement et simplement.
Tu ne survivais pas seul.
(alors que c’est beaucoup plus discutable aujourd’hui)
C’est ma 4ème leçon : quand tu te retrouves dans une situation de survie, passe le plus rapidement possible en mode coopération.
- Répartis les rôles
- Distribue les tâches
- Appuie-toi sur ton groupe
5. Le mental craquera avant le physique
Ce stage n’avait rien de compliqué en soi.
C’est un stage d’initiation — tout ce qui a de plus banal.
Mais le but de l’expérience était quand même de te faire sentir la difficulté qui allait se présenter si tu restais un ou deux jours de plus dans cette situation.
Et sur ce point, c’est très réussi.
Pour le contexte, je sortais de la dernière prise de masse.
Littéralement.
La fin était le vendredi, le stage le samedi et dimanche.
Je suis donc passé brutalement de 3200kcal/jour à 200kcal à la journée tout en :
- Marchant
- Soulevant des buches
- Taillant des troncs à la hache
Physiquement parlant, je n’étais pas forcément dans une situation optimale.
Mais si le stage a bien réussi à nous faire sentir quelque chose, c’est que ce n’est pas tellement le physique qui allait être le problème dans les prochains jours.
En soi, on peut tenir 3 semaines sans manger.
On a de l’eau, on a un abri, on du feu, on est bons.
Au final, le vrai challenge, c’est le mental.
La fatigue des mauvaises nuits, l’hyper-vigilance de la survie et les frustrations créent un climat de danger.
- Des erreurs d’inattention.
- Des tensions qui émergent dans le groupe.
- Des blessures qui n’auraient pas dû arriver.
À ce niveau d’exigence, tout repose sur ton mental.
On se fout complètement que tu aies des bras comme des cuisses ou que tu fendes une buche en un coup de hache.
Ceux qui survivent sont ceux qui ont une parfaite maitrise de leur mental doublé de fines compétences en communication et en psychologie.
Et ça, c’est beaucoup plus complexe à développer qu’enchainer squats et développés couchés à la salle.
C’est un travail quotidien d’exposition à des situations critiques.
C’est avoir connaissance de ses propres failles et apprendre à gérer ses émotions, son anxiété et ses limitations.
Encore une fois, sans coopération, tu échoueras dans cette démarche.
Ces situations me rappellent toujours cette phrase de Tom Bilyeu :
"Si je devais choisir entre enchaine que mon corps ou mon esprit, je choisirais mon esprit."
C’est ma 5ème leçon : c’est sur ton mental, plus que ton physique, que repose ta survie.
6. Les besoins primaires prennent du temps
Nous sommes arrivés sur le terrain de survie vers 11H après une marche d’approche de 2H.
De là, nous devions :
- Faire un feu
- Récupérer de l’eau
- Construire un abri
Toujours dans cet ordre de priorité.
Le feu est prioritaire pour tout un tas d’applications (éloigner les prédateurs, épurer l’eau, produire de la chaleur, etc).
L’eau vient en second puisqu’on ne peut survivre que 3 jours sans elle.
Enfin, l’abri pour le confort et te protéger des intempéries.
Sans feu, tu peux (théoriquement) crever le premier soir.
Si t’as du feu mais pas d’eau, tu tiens 3 jours.
Si t’as du feu, de l’eau et pas d’abri, tu peux te démerder pendant quelques jours supplémentaires.
Comme tu peux le voir, à ce stade on se fout complètement de la nourriture.
On peut vivre 3 semaines sans.
Donc c’est loin d’être urgent.
Au final, on finira par manger une vieille soupe d’orties à la dernière minute.
Mais bref, je digresse.
Nous étions donc sur site à 11H.
Tout était prêt vers 17H.
Il a fallu 6 p*tain d’heures à un groupe de ≈10 personnes pour faire un feu, récupérer de l’eau et construire un abri.
Pourquoi ?
Parce que tout prend du temps.
- Récupérer de la matière pour le feu
- Tenter de faire démarrer le feu sans matériel
- Aller chercher un point d’eau
- Se démerder pour récupérer cette eau
- Assainir l’eau
- Récupérer des branches et des troncs pour l’abri
- Décider du sens de construction et du type d’abri
- Sectionner les buches à la hache
- Tester la solidité de l’abri
- Récupérer du feuillage pour faire l’isolation
Et j’en passe.
Chaque action que l’on a l’habitude de faire en 1 clic chez nous (robinet, chauffage, lit) prend 1-2H en environnement naturel.
C’est terrible.
D’où l’intérêt de coopérer pour gagner en efficacité.
C’est ma 6ème leçon : il te faudra (minimum) une demi-journée pour poser les bases de ta survie.
7. Tu as du temps dans tes journées
Et après tout ce temps passé à te créer un semblant de sécurité, tu es frappé d’une seconde réalisation :
Qu’est-ce que je fais maintenant ?
Bah rien.
Y’a plus rien à faire, à part vivre.
Discuter avec le groupe, marcher autour du camp, se raconter des histoires, regarder les étoiles, etc.
C’est à ce moment précis que tu réalises le temps qu’on a dans nos journées.
Chaque heure parait déraisonnablement longue parce que notre conscience est à 100% dans le moment présent — aussi bateau que ça puisse paraitre.
Ce temps nous échappe parce qu’on passe nos vies à courir d’une tâche à l’autre sans aucune conscience de priorités.
Mais, en soi, 14H dans une journée, c’est massif.
Comme dit Jean de La Bruyère :
"Ceux qui emploient mal leur temps sont les premiers à se plaindre de sa brièveté."
À nous d’apprendre à récupérer le contrôle sur ce temps.
Dans un précédent post sur la Chronologie de Brad Jacobs, j’écrivais :
"On passe 90% de notre temps sur des choses qui n’existaient pas il y a 50 ans. Internet, YouTube, téléphone, ordinateur, les réseaux sociaux, etc. Je sais pas toi , mais personnellement, j’ai l’impression que ces choses ont toujours existé. Il n’y a rien de plus faux. Il n’existait pas pendant 99,995% de l’histoire humaine. Si on occupe 90% de notre temps avec des choses qui n’existaient pas pendant l’écrasante majorité de l’histoire humaine, y’a une question qui m’intrigue : Que faisaient les humains avant ? Et dans cette question, il y a une question sous-jacente : Est-ce que nous ne serions pas programmés pour faire autre chose que ce qu’on fait aujourd’hui ? Notre réalité entière n’existait pas il y a 50 ans. L’existence a changé de nature ces derniers 0,005% de l’histoire humaine. C’est délirant."
Ce stage m’a donné de nouveaux éléments de réponse.
Évidemment, je conseille cette expérience à tous les Starters.
C’est vraiment quelque chose qu’on devrait tous faire au moins une fois dans notre vie.
C’est chose faite de mon côté.
Maintenant, y’a plus qu’à définir la prochaine étape de mon voyage vers cette identité 3.0.
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𝐓𝐮 𝐚𝐬 𝐚𝐢𝐦𝐞́ 𝐜𝐞 𝐩𝐨𝐬𝐭 ? 𝐉'𝐞𝐧 𝐞́𝐜𝐫𝐢𝐬 𝟏/𝐣𝐨𝐮𝐫 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐦𝐚 𝐧𝐞𝐰𝐬𝐥𝐞𝐭𝐭𝐞𝐫. 𝐂𝐥𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐢𝐜𝐢 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐫𝐞𝐣𝐨𝐢𝐧𝐝𝐫𝐞 (& 𝐫𝐞𝐜̧𝐨𝐢𝐭 𝐭𝐨𝐧 𝐊𝐢𝐭 𝐝𝐞 𝐏𝐞𝐫𝐟𝐨𝐫𝐦𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐨𝐟𝐟𝐞𝐫𝐭)