La méthode J.O.T.
Il y a quelques semaines, j’ai reçu ce message de Quentin en réponse à une vague :
"Salut Sofiane. Tout d’abord un grand merci pour tout le contenu de dingue que tu partages depuis des mois! J’adore ce que tu nous partages mais j’ai parfois un problème... J’ai comme la sensation que certaines vagues sont écrites pour des gens qui ont déjà des bases en productivité et veulent s’améliorer. Mais il y a des gens qui n’arrivent à rien (par exemple qui n’arrive pas à cocher une tache en huit heures). Qu’est-ce que tu conseillerai à ces gens-là?"
Ce message m’a sincèrement marqué et je voulais prendre le temps avant d’y répondre.
Pourquoi il m’a marqué ?
Parce que je fais partie de ces gens-là aussi.
Le plus grand mensonge qui circule dans le monde de la productivité est la promesse d’une productivité éternelle une fois que l’on a compris comment ça fonctionne.
Spoiler alert: c'est faux.
90% des gens pensent (à tort) que la quête de productivité se déroule comme ça :
- Je suis improductif
- J’apprends à être productif
- Je suis productif à jamais
En réalité, ça ne se passe pas (du tout) comme ça — c'est un cycle éternel.
Il y a des périodes où je suis inarrêtable.
- Je plie ma to-do à 16h chaque jour
- Toutes mes reviews sont effectuées
- J’abats une quantité monstrueuse de travail
- Mes projets avancent à une vitesse ahurissante
- Mon temps et mes tâches sont planifiées autour de mes priorités
Bref, je me sens invincible.
Et il y a des périodes où je suis une chips.
- J’ai la flemme
- Je me sens noyé dans ma to-do
- Ma morning routine est inefficace
- Je me perds dans le feed Instagram au réveil
- Je préfère prendre des shots de dopamine à exécuter des tâches gratifiantes (qui servent à rien) plutôt que de m’attaquer à des tâches significatives (mais désagréables)
Bref, je me sens dégueulasse.
La productivité est une thématique à la croisée de la psychologie, la sociologie, l’organisation, les neurosciences, la gestion du temps, de l’énergie, des émotions et j’en passe.
Et laisse-moi te dire ce que les gourous de la productivité ne t’avoueront jamais : ce n’est pas parce que tu deviens bon en productivité que tu t’exempts de ta nature humaine.
Tu restes profondément humain.
- Avec tes biais
- Avec tes incohérences
- Avec ton fonctionnement naturel sous-optimal
Mais alors quel intérêt de s'inscrire dans une démarche d'amélioration de sa productivité ?
La réponse est simple.
Elle tient en une phrase :
Augmenter le nombre de journée où tu es inarrêtable et réduire le nombre de journée où tu es une chips.
Multiplier les tranches de 24H où tu es 100% fier de toi.
Et j’insiste sur fier.
Parce qu’à la fin de la journée, il n’y a que la perception de ta productivité qui compte.
Alors que faire quand on est dans une période de chips ?
Parce que oui, dire à une personne qui se sent surmenée et paralysée de créer un système pour organiser sa vie, c’est comme dire à une personne en train de se noyer d’essayer d’être plus gainé sur son crawl.
Pas super utile.
Les outils dont tu as besoin quand tu es sur le pont scrutant l’horizon ne sont pas ceux dont tu as besoin quand tu es passé par-dessus bord et que tu luttes pour ta vie.
À ce moment-là, tu n’as pas besoin :
- D’une carte
- D’une boussole
- D’un meilleur bateau
- Ou d’un pain sucé qui te conseille de gainer ton crawl
Tu as juste besoin d'une bouée.
Tu as déjà entendu parler de David Parker ?
C’est un auteur spécialiste de la santé mentale et de la procrastination.
(qui a souffert d’anxiété et de dépression pendant des années donc plutôt bien placé pour en parler)
Dans son livre The More You Do, The Better You Feel, David raconte cette phase de depression.
Sous conseil d’un ami, il commence alors à tenir un journal d’émotion.
Progressivement, David a repéré une connexion entre les tâches qu’il repoussait et son sentiment de dépression/anxiété/mauvaise estime de soi.
Plus il se sentait mal, plus il procrastinait.
Mais cette relation semblait pire dans le sens inverse : plus il procrastinait, plus il se sentait mal.
(comme s’il ravageait son estime de lui à grands coups de hache)
Armé de cette observation, il décide de construire une méthode.
Son but ? Troquer son habitude de procrastination pour une habitude d’action.
Ainsi naquit la méthode Just One Thing (J.O.T.).
Voici comment fonctionne cette méthode en 6 étapes :
- Prends un stylo et une feuille blanche
- Écris la date d’aujourd’hui en haut à gauche
- Pense à une seule tâche que tu repousses depuis longtemps et note la sous la date
- Fais cette tâche – Mais ne fais que cette tâche. Ne rédige surtout pas de to-do list. C’est facile de se laisser distraire par toutes les tâches non effectuées que tu n’es pas en train de faire. Concentre-toi uniquement sur la tâche en cours
- Quand c’est fait, barre-la de sorte à ce que tu puisses toujours la lire mais que tu comprennes qu’elle a été faite
- Répète l’étape 3, 4 et 5
À la fin de la journée, tu finiras avec une liste qui ressemble à ça :
Le but de la méthode J.O.T. n’est pas d’accomplir plus (ou de faire les « bonnes » choses) mais d’atomiser la boucle paralysie-procrastination en te prouvant que tu es largement capable d’avancer et d’agir.
(grâce au nombre de tâches barrées qui s’accumulent au fil de la journée)
Comme le rappelle le titre du livre de de David : plus tu en fais, mieux tu te sens.
Et mieux tu te sens, plus tu es capable d’en faire.
En clair, on troque la chips' loop :
Je me sens comme une chips > Je procrastine > Je me sens comme une chips > …
... Pour la swag's loop :
Je fais juste une petite action > Je me sens mieux vis-à-vis de moi-même > Je fais juste une petite action > …
Petit à petit, tu quitteras l’océan glacial pour la sécurité du bateau.
Et très vite …
Tu te surprendras même à :
- Travailler ta Mission, ta Vision et te fixer des objectifs
- Conduire des bilans journaliers, hebdomadaires, trimestriels et annuels
- Et même mettre en place un système de gestion de ta charge de travail
Et si tu repasses par-dessus bord, pas de panique : concentre-toi sur Just One Thing.
Rappelle-toi que, peu importe à quel point tu te sens sous l’eau, tu es toujours à une petite action d’être à nouveau au sec.
Ne lutte pas contre ta nature humaine.
Construis des systèmes qui te permettront d’éviter ses biais 90% du temps et accueille-les à bras ouvert les 10% restants.
Nous ne sommes pas des machines.
Nous sommes des humains en quête de libération de potentiel.
Notre horizon temporel : celui de la décennie.
Et parfois, il faut accepter de faire un pas en arrière pour en faire deux en avant.
On continue d'avancer, ensemble.
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𝐓𝐮 𝐚𝐬 𝐚𝐢𝐦𝐞́ 𝐜𝐞 𝐩𝐨𝐬𝐭 ? 𝐉'𝐞𝐧 𝐞́𝐜𝐫𝐢𝐬 𝟏/𝐣𝐨𝐮𝐫 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐦𝐚 𝐧𝐞𝐰𝐬𝐥𝐞𝐭𝐭𝐞𝐫. 𝐂𝐥𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐢𝐜𝐢 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐫𝐞𝐣𝐨𝐢𝐧𝐝𝐫𝐞 (& 𝐫𝐞𝐜̧𝐨𝐢𝐭 𝐭𝐨𝐧 𝐊𝐢𝐭 𝐝𝐞 𝐏𝐞𝐫𝐟𝐨𝐫𝐦𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐨𝐟𝐟𝐞𝐫𝐭)