J'ai fait cette erreur en 2023
Je me faisais une observation récemment :
C'est étrange à quel point le postulat par défaut de l'être humain est de penser qu'il préfère la flexibilité.
Je ne sais pas vraiment d'où ça vient.
Peut-être de cette relation (bancale) que l'on crée sans s'en rendre compte entre la liberté et la flexibilité.
Toujours est-il qu'en quête de trouver une réponse à cette question, je suis tombé sur une étude intéressante.
En 2017, deux économistes ont mené une expérience de terrain sur des milliers de candidats à l'embauche.
(Alexandre Mas (Princeton) et Amanda Pallais (Harvard))
Ils variaient les conditions de travail et les salaires pour mesurer exactement combien les gens étaient prêts à sacrifier pour certaines caractéristiques d'un poste.
Le résultat est dingue.
Par exemple, les mères de famille avec de jeunes enfants accepteraient de perdre seulement 15% de leur salaire pour bosser depuis chez elles.
(au-delà, c'est mort, elles ne veulent pas de télétravail)
Mais elles accepteraient d'en perdre 40% pour éviter un job où leur patron fixe leurs horaires à sa guise.
Plus intéressant encore :
40% des candidats — hommes, femmes, parents ou non — refuseraient un poste à horaires imprévisibles même si ce poste payait 25% de plus que les autres.
Relis ça.
Peu importe ce qu'on leur offre comme argent, ils disent non.
La conclusion qu'ont tirée beaucoup d'experts sur ce sujet (dont Cal Newport) est la suivante :
L'absence de flexibilité géographique rend moins fou l'humain que de ne pas savoir quand leur journée démarre ou s'arrête.
(Mas, A. & Pallais, A. — « Valuing Alternative Work Arrangements », American Economic Review, Vol. 107, No. 12, 2017)
Les gens ne veulent pas de la flexibilité.
Ils veulent de la prévisibilité.
Autrement dit, on a tendance à éviter les options qui manquent de clarté.
(y'a d'ailleurs un lien intéressant à faire ici avec le Biais d'Ambiguïté de Daniel Ellsberg : notre cerveau préfère sauter l'étape énergivore de l'estimation du potentiel du choix ambigu et aller directement à l'option la plus familière — en clair, on préfère une option claire qu'une option floue)
La flexibilité, c'est « tu peux bosser de la plage si tu veux ».
La prévisibilité, c'est « ta journée commence à 9H et finit à 12H ».
On a construit toute une mythologie autour de la flexibilité.
Les influenceurs en font leur argument de vente.
Les coaches te montrent leurs laptops sur fond de coucher de soleil.
Et quelque part, on a intégré l'idée que le solopreneur idéal, c'est celui qui répond à ses DMs depuis un hamac à Bali.
Mais personne ne te montre ce qui se passe dans sa tête à 22h quand une notif Slack fait vibrer son téléphone.
- Ce sentiment de ne jamais vraiment avoir fini
- Ce flou permanent entre le temps de vie et le temps de taff
- Cette négociation silencieuse et épuisante — « est-ce que je réponds maintenant ou demain matin ? » — qui se rejoue à l'infini
La flexibilité sans frontières, ce n'est pas de la liberté.
C'est une prison sans barreaux visibles.
Et je suis aussi tombé dans ce piège.
En 2023, je passe full time sur la TDS et, poussé par des confrères qui me disent qu'on n'a pas quitté un emploi salarié pour recréer une structure salariale dans nos boites…
Je tente de rendre tout flexible dans ma journée.
- Pas d'horaires fixes
- Travailler quand l'inspiration vient
- Répondre aux messages « quand j'ai le temps »
Spoiler alert : j'y suis pas resté longtemps mon Starter.
La seule chose que j'y ai gagnée, c'est cette impression de bosser tout le temps.
D'être constamment sous stress.
Je n'étais plus dans l'instant présent.
Quand je surfais, je me disais que je devrais être en train de bosser.
Quand je bossais, je me disais que je devrais être en train de surfer.
Au final, je produisais moins parce que mon cerveau ne savait jamais vraiment s'il était en mode travail ou en mode récupération.
Il restait dans un entre-deux constant, cet état de demi-alerte qui consume de l'énergie sans en produire.
« Passe quelques heures par jour à aller vite. Fais une grosse séance de sport. Fais du deep work sur un projet qui compte pour toi. Puis passe le reste de la journée à aller lentement. Marche. Lis des livres. Prends un long dîner avec des amis. Dans tous les cas, évite le milieu anxieux où tu ne te détends jamais vraiment et où tu n'avances jamais vraiment non plus. » — Charles Miller.
C'est ce moment-là qui m'a fait comprendre quelque chose de fondamental sur la Journée de 4H.
Le Modèle de la Journée de 4H, ce n'est pas que « travaille moins ».
C'est aussi « trace une contrainte claire dans tes journées pour savoir quand tu es en mode exploration et quand tu es en mode exploitation ».
C'est ça, le vrai levier.
Pas la réduction du nombre d'heures pour le plaisir de la réduction.
Mais la création de frontières si nettes que ton cerveau peut enfin passer en mode récupération réelle quand c'est le moment — et en mode flow total quand c'est l'heure de produire.
Dans l'étude, on explique que les infirmières en salle de réanimation bossent des horaires brutaux.
Mais elles savent exactement quand leur shift finit.
Et c'est précisément pourquoi elles restent.
Pas parce que le travail est facile — parce qu'il est délimité.
Ce pattern, on le retrouve ailleurs aussi — même dans nos outils.
Je t'en ai parlé il y a quelques semaines avec le Paradoxe Open World-Couloir.
Il y a deux types d'outils (comme deux types de jeux vidéo) :
Les Open World qui te donnent une liberté totale avec laquelle vient la sensation de toujours pouvoir mieux construire.
Et les Couloirs où le système est paramétré d'avance, offrent un chemin clair mais limité — qui te libère l'esprit en te permettant de te concentrer sur ta productivité et ta créativité.
C'est moins sexy, parfois frustrant, mais productivité quasi immédiate parce que la question du « comment » a déjà été résolue à ta place.
L'open world te donne de la flexibilité.
Le couloir te donne de la prévisibilité.
Et tu sais lequel produit des résultats.
La vraie liberté n'est pas l'absence de structure.
C'est la maîtrise de ta structure.
Ce n'est pas « je peux bosser n'importe quand » — c'est « je sais exactement quand je bosse et quand je ne bosse pas, et personne ne peut franchir cette frontière sans mon accord ».
Ce n'est pas « mon outil peut tout faire » — c'est « mon outil fait exactement ce dont j'ai besoin, sans me noyer dans ses possibilités infinies ».
La Souveraineté Cognitive que je défends, c'est ça au fond.
Reprendre le contrôle sur ce qui mérite ton attention.
Pas juste sur le contenu de ton travail mais aussi sur les conditions dans lesquelles tu travailles.
Je te laisse donc sur cette question en ce beau vendredi :
Est-ce que ta journée est « flexible » ou est-ce qu'elle est « prévisible » ?
Réfléchis-y.
La réponse à cette question change beaucoup de choses.
Sur ce, je file à mon entrainement de natation.
Bon wkend la Tribu.
__
𝐓𝐮 𝐚𝐬 𝐚𝐢𝐦𝐞́ 𝐜𝐞 𝐩𝐨𝐬𝐭 ? 𝐉'𝐞𝐧 𝐞́𝐜𝐫𝐢𝐬 𝟑/𝐬𝐞𝐦𝐚𝐢𝐧𝐞 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐦𝐚 𝐧𝐞𝐰𝐬𝐥𝐞𝐭𝐭𝐞𝐫.
𝐂𝐥𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐢𝐜𝐢 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐫𝐞𝐣𝐨𝐢𝐧𝐝𝐫𝐞 (& 𝐫𝐞𝐜̧𝐨𝐢𝐭 𝐭𝐨𝐧 𝐊𝐢𝐭 𝐝𝐞 𝐏𝐞𝐫𝐟𝐨𝐫𝐦𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐨𝐟𝐟𝐞𝐫𝐭)