γνῶθι σεαυτόν
La semaine dernière, Marc Andreessen est passé sur le podcast Founders.
(tu peux retrouver son intervention ici)
Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il a lâché une bonne grosse bombe des familles sur la thématique de l'introspection.
On décrypte tout ça dans cette vague.
Déjà, qui est Marc Andreessen ?
Pour faire court, c'est l'une des figures fondatrices de la culture startup telle qu'on la connaît aujourd'hui.
Il a co-créé Netscape (le premier navigateur grand public), puis co-fondé Andreessen Horowitz (a16z) — l'un des fonds de venture capital les plus influents de la Silicon Valley.
Donc il ne se contente pas de participer à l'écosystème, il le finance et le façonne idéologiquement.
Son "Techno-Optimist Manifesto" (2023) est devenu une sorte de bible de la tech-bro culture.
- Croissance à tout prix
- Technologie comme réponse à tout
- Rejet de la "stagnation" et de la prudence régulatrice
Bref, il incarne le profil "move fast and break things" poussé à l'extrême.
C'est l'homme qui a co-construit le cadre mental dans lequel une génération entière de builders évolue.
Il est notamment à l'origine du Modèle des 4 Types de Chance dont j'ai souvent parlé dans la TDS.
C'est d'ailleurs comme ça que j'ai découvert le bonhomme à l'époque.
Et beaucoup de ses réflexions sont intéressantes.
Ou, en tout cas, apportent au débat.
Maintenant, de toi à moi, je m'en tamponne un peu l'oreille avec une babouche de la start-up culture.
Et de tout l'écosystème "business empire" de façon générale.
Je pense que tu sais où tu as mis les pieds quand tu as rejoint LA VAGUE™.
Ici, nous sommes des amoureux de la vie et de la liberté.
Des pirates des temps modernes.
On ne construit pas un empire pour réparer nos egos d'enfants brisés en prouvant à la Terre entière que l'on vaut quelque chose.
On construit un business solo lean, autour de notre passion, pour servir une vie d'absolue abondance.
Une vie multi-quêtes.
Riches à 360°.
Qui nous permet d'explorer toutes les enivrantes facettes de notre expérience de vie sur Terre.
Ceci étant dit...
Il m'arrive souvent de consommer du contenu de "business empire" pour importer et adapter leur modèle à notre réalité solopreneuriale quand c'est faisable.
C'est notamment ce que j'ai fait en emprunter leur obsession pour le Produit Minimum Viable (PMV) dont le corollaire est le fait de rapidement sonder sa communauté pour vérifier l'existence d'un besoin avant de créer un produit.
Ça a fonctionne pour DAÏMON™.
C'est en train de fonctionner pour ce que je prépare en ce moment.
C'est donc dans cette optique que j'ai pluggé ce podcast dans mes oreilles à la salle.
Et quel fut ma surprise mon Starter quand j'ai entendu de la bouche d'Andreessen que "l'introspection est une invention moderne".
Selon lui, ce serait une pathologie fabriquée de toutes pièces par Freud et quelques intellectuels viennois au début du XXe siècle.
Il résume sa propre philosophie en 3 mots : « Move forward. Go. »
Face à lui, un David Senra qui applaudit des 2 mains en appelant ça le « zero-introspection mindset ».
Et moi, pendant ce temps là, à deux doigts de me briser le dos sur mes squats en entendant cette connerie.
À mon sens, cette idée n'est rien d'autre que dangereuse.
Et elle l'est d'autant plus qu'elle vient d'un homme qui influence des milliers de builders, de fondateurs et de gens qui construisent notre monde numérique.
Laisse-moi t'expliquer pourquoi.
Socrate a fait de "l'examen de vie" (introspection) la condition d'une vie qui mérite d'être vécue.
Marc Aurèle écrivait ses Méditations comme un exercice quotidien de self-audit pendant qu'il dirigeait l'Empire romain.
1600 ans en arrière, Augustin d'Hippone livrait une autobiographie intérieure d'une profondeur vertigineuse.
Shakespeare, lui, a mis en scène Hamlet (un homme paralysé par son incapacité à cesser de s'examiner) devant le public élisabéthain qui a immédiatement reconnu ce portrait.
Dire que Freud a inventé l'introspection, c'est comme dire que Newton a inventé la gravité.
Ce qu'il a fait, c'est la modéliser.
Créer un langage.
Poser un cadre clinique sur quelque chose que l'humanité pratiquait depuis toujours en silence — dans des cahiers, dans des lettres, dans des confessions.
Alors pourquoi un homme aussi intelligent que Andreessen dirait une chose pareille ?
Parce qu'évidemment que le type n'est pas con.
Les mecs comme lui sont des érudits.
Ils ne balancent pas de telles dingueries sans stratégie.
Et c'est là que ça devient intéressant.
Pour de nombreux examinateurs, son intention est claire :
Disqualifier une pratique entière pour dégager le terrain.
Si l'introspection est une pathologie moderne, alors la seule réponse valide à l'existence humaine devient l'action externe.
Avancer. Toujours avancer.
Mais vers quoi ?
Andreessen parle de liberté...
D'abondance...
D'éliminer les contraintes matérielles de l'humanité...
Des objectifs que je partage totalement mais qui présupposent que tu saches ce que tu veux.
Et savoir ce que tu veux (ce que tu veux vraiment, pas ce que la société t'a appris à vouloir) c'est précisément le fruit d'un travail introspectif.
(le Cap Existentielle — la façon Clarté qui est notre point de départ)
On peut mesurer le PIB.
On peut mesurer l'espérance de vie.
On peut mesurer le nombre de transactions par seconde sur ta plateforme de paiement.
Mais aucun de ces chiffres ne te dira si les gens qui les habitent sentent que leur vie vaut la peine d'être vécue.
La seule façon d'accéder à cette question, c'est l'introspection.
(la sienne ou les témoignages de ceux qui l'ont pratiquée avant toi)
Quand des builders construisent des plateformes sans jamais se poser cette question, ça donne les réseaux sociaux de la dernière décennie.
Des machines optimisées pour l'engagement.
- Pas pour le bien-être
- Pas pour la connexion réelle
- Pas pour une quelconque élévation
Pour le clic.
Parce que le clic, contrairement à la santé mentale, est mesurable.
La Loi de Goodhart dans toute sa brutalité :
Quand une mesure devient l'objectif, elle cesse d'être une bonne mesure.
Andreessen a probablement une vie intérieure riche.
Des enthousiasmes, des angoisses, des loyautés tribales.
La question n'est pas qu'il n'ait pas de monde intérieur.
C'est qu'il a décidé de ne pas l'examiner et qu'il a construit un argumentaire sophistiqué pour légitimer ce choix.
Ce pattern, crois-moi, je le connais (très) bien.
On l'a tous en nous à des degrés divers.
L'humain résiste à regarder ce qu'il se passe à l'intérieur parce que c'est inconfortable.
C'est dur, effrayant, souvent décevant.
Mais c'est aussi cathartique en ce que c'est le premier pas vers une vie d'alignement total.
Si je devais résumer en une phrase ce que j'ai appris en 30 mois de thérapie et 9 ans de journaling dans les moments les plus difficiles de ma construction en tant que solopreneur et être humain, voici ce que je dirai :
Aucune vie dénuée d'introspection vaut la peine d'être vécue.
J'assume ce claim parce que je sens ce qu'il se passe en moi quand j'écris ces mots.
Une sensation de vérité, de résonance et la conviction que tout humain gagnerait à le réaliser au plus vite.
"L'enfer, c'est quand, lors de ton dernier jour sur Terre, la personne que tu es rencontre celle qu'elle aurait pu être" disait Dan Sullivan.
Hell yeah.
Tu n'imagines pas le monde qui t'attend derrière le mur de l'introspection.
Si tu me donnais le choix de ne travailler qu'une compétence jusqu'à la fin de ma vie, c'est celle que je choisirai.
Sans. Aucun. Doute.
La vitesse sans direction n'est pas de la productivité.
C'est de l'agitation que l'on confond pour du progrès.
Jusqu'au jour où on s'arrête et qu'on réalise qu'on a couru vite, très vite, dans la mauvaise direction.
Le fameux "passer sa vie à monter sur une échelle et arriver en haut pour réaliser qu'elle était adossée au mauvais mur".
Le game over.
J'en frissonne d'horreur rien que de l'écrire.
Est-ce que je te laisserai pas (encore une fois) sur cette difficile citation de Gurwinder Bhogal ?
Si :
"Le syndrome du bonheur différé est le sentiment commun que votre vie n'a pas commencé, que votre réalité actuelle n'est qu'une simple préface d'un futur idyllique. Cette idylle est un mirage qui disparaîtra à mesure que tu t'en approches, révélant que la préface que tu as traversée précipitamment était en fait celle de ta mort."
Marie-Louise von Franz ajoute ceci avec son concept de "Vie Provisoire" :
"Il y a une étrange attitude et un sentiment que l'on n'est pas encore dans la vraie vie. Pour l'instant, on fait ceci ou cela, mais il y a toujours cette fantaisie qu'un jour, dans le futur, la vraie chose arrivera."
Ne tombe pas dans le piège de penser que ta vie actuelle est le brouillon de ta vraie vie.
Tout est en train de se jouer maintenant.
Et pour être sur de vivre une vie à ta hauteur, ne laisse pas l'environnement extérieur influencer ta définition du succès.
Commence par comprendre qui tu es.
Parce que tu ne peux pas être aligné avec une personne que tu ne connais pas.
γνῶθι σεαυτόν.
"Connais-toi toi-même."
Ces mots étaient gravés dans le marbre du Temple d'Apollon à Delphes, 500 ans avant Jésus-Christ.
Pas dans un cabinet viennois ou dans un livre de développement personnel.
Dans la pierre d'un temple.
Les hustle bro de la Silicon Valley nous disent "Move forward."
La sagesse des plus grandes civilisations qui ont foulé le sol de notre planète nous dit "Connais-toi d'abord."
Choisis ton camp.
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𝐓𝐮 𝐚𝐬 𝐚𝐢𝐦𝐞́ 𝐜𝐞 𝐩𝐨𝐬𝐭 ? 𝐉'𝐞𝐧 𝐞́𝐜𝐫𝐢𝐬 𝟑/𝐬𝐞𝐦𝐚𝐢𝐧𝐞 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐦𝐚 𝐧𝐞𝐰𝐬𝐥𝐞𝐭𝐭𝐞𝐫.
𝐂𝐥𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐢𝐜𝐢 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐫𝐞𝐣𝐨𝐢𝐧𝐝𝐫𝐞 (& 𝐫𝐞𝐜̧𝐨𝐢𝐭 𝐭𝐨𝐧 𝐊𝐢𝐭 𝐝𝐞 𝐏𝐞𝐫𝐟𝐨𝐫𝐦𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐨𝐟𝐟𝐞𝐫𝐭)