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L'hypothèse de la sédation des hommes

Chris Williamson a une théorie intéressante.

Et pour développer cette théorie, on a besoin de raisonner par la logique.

Pour ça, voici ce que tu as besoin de savoir :

Commençons par le premier constat :

1. Plus le % d’hommes seuls augmente, plus la civilisation est instable

Il existe un phénomène psychologique que l’on appelle le Syndrome du Jeune Homme.

(introduit par les psychologues évolutionnistes Martin Daly et Margo Wilson dans leur ouvrage de 1988 intitulé "Homicide")

Cette observation dit une chose très simple :

Historiquement, un grand nombre d’hommes sans partenaire ni enfant dans une société a tendance à créer une civilisation instable.

Les jeunes hommes célibataires, sans attaches familiales, sont plus enclins à adopter des comportements à risque, de recherche de statut, et même de violence — en raison d’une combinaison de facteurs évolutifs et sociaux.

À l’inverse, les hommes en couple et/ou avec des enfants sont bien plus "stables".

L’explication de ce mécanisme est très bien documentée par les études.

On n’a pas besoin de chercher bien loin pour comprendre pourquoi.

La réponse se loge dans la biologie :

Quand les hommes sont en couple, leur taux de testostérone diminue.

Quand les hommes ont des enfants, leur taux de testostérone diminue encore plus.

C’est ce qu’on appelle une réponse adaptative.

Elle a pour but ce que notre cerveau fait de mieux : nous faire survivre — personnellement et générationnellement.

Le taux de testostérone étant directement lié aux comportements à risques, notre biologie veut qu’on évite ces risques lorsque l’on a des personnes "à charge".

Le raisonnement inconscient ici est le suivant :

"Que deviendrait ma lignée si je mourais demain ? Qui protègerait ma femme et mes enfants ?"

NB : souviens-toi que même si on peut discuter de la nouvelle place de l’homme dans nos sociétés modernes (au-delà de la protection), notre cerveau n’a pas beaucoup bougé en 200 000 ans. Et, à l’époque, nous n’avions pas le luxe de questionner ces rôles. L’animal le plus fort physiquement (muscles, densité osseuse, taille, etc) assurer le rôle de protection, point.

En l’absence de "responsabilité", ce genre de questionnement n’a pas lieu.

Résultat : les hommes n’ont aucune raison d’éviter le risque.

Bien au contraire, ils ont tout intérêt à s’y exposer pour se faire remarquer par des partenaires potentiels et s’assurer une place dans la hiérarchie sociale.

(raison pour laquelle on constate des taux de testostérone plus élevés chez les hommes célibataires)

On voit alors émerger tout un tas de comportements guerriers comme des actes de bravoure, des compétitions sociales ou même de la violence dans certaines situations.

Quand ces comportements deviennent majoritaires, la civilisation devient instable.

Donc :

(1)

↑ Responsabilité d’un homme = ↓ testostérone = ↓ comportements à risques = ↑ chance de survie intergénérationnelle

(2)

Ø Responsabilité d’un homme = ↑ testostérone = ↑ comportements à risques = ↑ risque civilisationnel

Passons au second constat.

2. Le % d’hommes seuls est en pleine explosion

Pour étayer ce constat, Chris avance plusieurs chiffres :

  1. Augmentation du célibat chez les jeunes hommes : Une étude publiée dans le Journal of Sex Research en 2020 a révélé que le pourcentage d’hommes âgés de 18 à 24 ans n’ayant pas eu de relations sexuelles au cours de l’année écoulée est passé de 18,9 % en 2000 à 30,9 % en 2018. Cette augmentation significative souligne une tendance croissante à l’abstinence sexuelle involontaire parmi les jeunes hommes.
  2. Désengagement des hommes du marché des rencontres : Selon une enquête du Pew Research Center réalisée en 2022, 63 % des hommes âgés de 18 à 29 ans ne recherchent pas activement de relations ou de rencontres, reflétant un désintérêt croissant pour les interactions amoureuses.
  3. Écart éducatif entre les sexes : Les données du National Center for Education Statistics aux États-Unis montrent que, depuis 2019, les femmes représentent près de 60 % des diplômés universitaires, créant un déséquilibre éducatif qui influence les préférences en matière de partenariat et complique la formation de couples où les niveaux d’éducation sont équivalents.

De simples recherches ChatGPT sur le sujet montrent que ces 3 dynamiques se retrouvent à peu près partout.

Japon, Royaume-Uni, Allemagne, Corée du Sud, Canada, Australie, Suède, Brésil, etc.

Personnellement, je me suis intéressé aux dynamiques en France.

Non pas que ce soit pertinent pour la théorie avancée par Williamson (étant donné que celle-ci a pour but de montrer une tendance mondiale) mais par curiosité.

Voici 8 constats intéressants j’ai trouvé sur la diminution des interactions/relations entre les hommes et les femmes en France :

  1. Diminution de l’activité sexuelle : En France, une étude de l’IFOP publiée en février 2024 révèle que seulement 76 % des Français ont eu un rapport sexuel au cours des 12 derniers mois, soit une baisse de 15 points depuis 2006. Cette diminution est particulièrement marquée chez les jeunes de 18 à 24 ans, où 28 % déclarent n’avoir eu aucun rapport sexuel durant l’année écoulée, contre 5 % en 2006. (Ifop)
  2. Réduction de la fréquence des rapports sexuels : La même étude indique qu’en 2024, 43 % des Français déclarent avoir un rapport sexuel au moins une fois par semaine, contre 58 % en 2009. Cette baisse suggère une diminution de l’intimité physique entre les partenaires. (Ifop)
  3. Préférence pour les activités numériques : Parmi les jeunes de moins de 35 ans vivant en couple, 50 % des hommes et 42 % des femmes reconnaissent avoir déjà évité un rapport sexuel pour regarder des films ou des séries à la télévision. De plus, 53 % des hommes de cette tranche d’âge admettent avoir préféré jouer à des jeux vidéo plutôt que d’avoir une relation sexuelle. (Le Figaro)
  4. Isolement social croissant : Selon le Baromètre des solitudes de la Fondation de France, entre 2020 et 2021, le taux d’isolement des 15-30 ans a quasiment doublé, passant de 12 % à 21 %. Cette augmentation reflète une difficulté accrue chez les jeunes hommes à établir des connexions profondes, tant en amitié qu’en amour, exacerbées par l’usage intensif des réseaux sociaux. (Le Figaro)
  5. Impact de la digitalisation sur les relations : D’après le Baromètre du numérique 2021, les pratiques numériques des Français ont évolué avec la crise sanitaire, avec une augmentation notable du temps passé sur les plateformes de streaming et les jeux vidéo. Une part significative des jeunes hommes déclare que cela a un impact sur leur vie sociale, réduisant leurs interactions réelles avec d’autres personnes, y compris les femmes. (LINC)
  6. Retard de l’âge au premier rapport sexuel : Les données de l’IFOP montrent que l’âge moyen du premier rapport sexuel en France est de 17,4 ans pour les hommes, une augmentation par rapport aux années précédentes. Ce retard peut être lié à des changements dans les habitudes de rencontre et les préférences pour les interactions virtuelles. (Fondation de France)
  7. Moins de relations amoureuses durables : Selon une enquête de l’INED, la proportion de jeunes hommes ayant eu une relation amoureuse de longue durée avant l’âge de 25 ans a diminué de 12 % entre 2010 et 2020, suggérant des difficultés croissantes à s’engager dans des relations stables. (Fondation Croix-Rouge)
  8. Préoccupations liées au statut socio-économique : Un rapport de l’INSEE de 2023 indique que 38 % des hommes de moins de 30 ans estiment que le manque de ressources économiques freine leur capacité à séduire ou à fonder une famille. Cette préoccupation souligne l’impact des facteurs économiques sur les relations amoureuses des jeunes hommes. (INSEE)

En clair, le % d’hommes seuls est en pleine explosion à travers le monde.

Pour rappel : hommes seuls = civilisation instable.

Ces 2 premiers constats nous laissent deviner le prochain : une augmentation des comportements guerriers de la part des hommes.

Positivement — par exemple avec l’augmentation des actes de bravoure.

Et négativement — par exemple avec l’augmentation des actes de violence.

Et pourtant …

3. Il n’y a pas d’augmentation notable de comportements guerriers chez les hommes à l’échelle de la société

Et c’est ici que l’on fait face à un problème.

Si on a :

(1) Un consensus sur le Syndrome du Jeune Homme (2) Une augmentation de la quantité d’hommes célibataires dans la société

Alors on devrait (3) avoir une augmentation proportionnelle des comportements guerriers dans la société.

Ça n’est pas le cas.

En tout cas pas selon l’étude intitulée Why Isn’t There More Incel Violence? publiée en 2023 par David M. Buss et Brian C. Costello.

Dans cette étude, les auteurs examinent les raisons pour lesquelles, malgré la visibilité médiatique de certains actes violents perpétrés par des individus s’identifiant comme "incels" (célibataires involontaires), la majorité de cette communauté ne manifeste pas de comportements violents.

Le constat est sans appel :

Malgré quelques incidents très médiatisés, les incels ne sont pas particulièrement enclins à la violence.

La majorité d’entre eux n’adopte pas de comportements violents — ce qui suggère que ces incidents sont des exceptions plutôt que la norme au sein de cette communauté.

Au-delà des violences, on observe un déclin des comportements traditionnels associés à la recherche de statut et à la reproduction chez les hommes.

Comme une anesthésie générale.

Mais alors, pourquoi ?

Où est-ce qu’on s’est gourés dans cette histoire ?

Plusieurs théories sont avancées.

Et parmi elles, celle de Chris Williamson :

L’hypothèse de la sédation des hommes.

Je la trouve fascinante.

Gardons en tête que c’est une hypothèse — c’est-à-dire qu’il n’y a pas de preuves à l’heure actuelle.

Cette théorie part du constat précédent :

Malgré les mêmes pressions sociales et biologiques qui existaient dans le passé, les jeunes hommes d’aujourd’hui ne manifestent plus autant ces comportements risqués ou compétitifs — malgré l’augmentation du célibat.

Puis elle l’explique par une cause majeure :

Selon elle, les jeunes hommes sont "anesthésiés" par des distractions modernes comme les jeux vidéo, la p*rnographie et les réseaux sociaux.

Ces distractions leur permettraient d’obtenir tout ce qui était autrefois obtenu via des comportements risqués/compétitifs sans avoir à utiliser ces comportements-là.

  1. P*rnographie : la consommation de p*rnographie fournit une gratification sexuelle immédiate sans nécessiter d’interaction réelle ou d’efforts de séduction. Ça signifie que les jeunes hommes reçoivent des « indices reproductifs » sans besoin de poursuivre activement des relations romantiques — ce qui réduirait leur motivation à sortir et interagir avec des femmes dans le monde réel
  2. Jeux vidéo : les jeux vidéo offrent une simulation de l’accomplissement et de la recherche de statut. Dans les jeux, les hommes peuvent atteindre des objectifs, recevoir des récompenses et obtenir un statut social virtuel. Ça pourrait remplacer le besoin de rechercher un statut dans le monde réel, où les défis sont souvent plus complexes et moins gratifiants immédiatement
  3. Réseaux sociaux : les réseaux sociaux permettent une connexion superficielle et une validation immédiate à travers des likes et des commentaires — ce qui réduirait la nécessité d’engager des interactions sociales plus profondes et significatives dans la vie réelle.

3 conséquences :

  1. Moins de comportements risqués et de recherche de statut : puisqu’ils trouvent des substituts satisfaisants dans le monde numérique.
  2. Diminution des interactions réelles : ce qui entraîne une baisse des relations amoureuses et des interactions en personne et contribue à une augmentation du célibat et de l’isolement social
  3. Population masculine plus calme mais socialement détachée : les jeunes hommes sont peut-être plus pacifiques et moins perturbateurs, mais ils peuvent aussi être moins préparés aux situations qui demandent de l’audace, de l’affirmation de soi ou des interactions réelles.

Cette sédation pourrait prévenir des perturbations sociétales mais au prix de rendre les jeunes hommes moins efficaces dans les interactions du monde réel et moins attirants pour de potentiels partenaires.

Elle a une double face :

  1. Elle contribue à maintenir la paix en calmant des énergies potentiellement perturbatrices
  2. Mais elle pourrait aussi laisser les hommes mal préparés à intervenir quand nécessaire — comme lors de bouleversements sociaux ou de scénarios de défense.

Voici ce que dit Chris sur le sujet :

"Si on devait choisir entre une société d’hommes dangereux et une société d’hommes sédatés, en ce moment, les hommes sédatés sont légèrement préférables. Mais c’est uniquement parce que nous vivons une période de paix. S’il y avait une civilisation extraterrestre qui débarquait sur Terre aujourd’hui, la meilleure chose que l’on puisse faire serait d’éteindre tout le p*rno et de couper nos réseaux sociaux. On voudrait que les hommes soient en colère, qu’ils soient prêts à réagir s’il y a une menace à affronter. Actuellement, il n’y en a pas, et si cette colère s’accumulait, ça provoquerait des problèmes. Donc oui, le fait de calmer ce genre de comportements de recherche de reproduction a en quelque sorte rendu le monde plus paisible, mais ce n’est pas optimal."

Historiquement, les sociétés ont parfois atténué l’impact du Syndrome du Jeune Homme par d’autres moyens.

Comme en envoyant les hommes explorer de nouveaux territoires.

Aujourd’hui, l’engagement numérique pourrait remplir une fonction similaire en occupant les hommes d’une manière moins physiquement exigeante.

Si je trouve cette théorie fascinante, c’est parce que je l’observe partout.

Par exemple :

Alors évidemment, tout ça est à prendre avec une pincée de sel.

Par rapport à cette hypothèse parce que, comme son nom l’indique, ce n’est qu’une hypothèse.

Et par rapport à mes observations perso à cause de 2 phénomènes :

  1. La bulle filtrante : on a tendance à extrapoler nos observations sans prendre en compte le fait qu’elles sont peut-être représentatives d’opinions seulement présentes dans notre entourage/notre région/notre cercle social/notre culture, etc.
  2. La pré-sélection sociale : notre entourage a tendance à partager les mêmes valeurs que nous et nous maintenir dans un Biais de Confirmation sans pouvoir voir la big picture

Mais je trouvais ça intéressant de te partager mes recherches pour qu'on continue de nourrir ensemble notre curiosité intellectuelle.

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𝐓𝐮 𝐚𝐬 𝐚𝐢𝐦𝐞́ 𝐜𝐞 𝐩𝐨𝐬𝐭 ? 𝐉'𝐞𝐧 𝐞́𝐜𝐫𝐢𝐬 𝟏/𝐣𝐨𝐮𝐫 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐦𝐚 𝐧𝐞𝐰𝐬𝐥𝐞𝐭𝐭𝐞𝐫. 𝐂𝐥𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐢𝐜𝐢 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐫𝐞𝐣𝐨𝐢𝐧𝐝𝐫𝐞 (& 𝐫𝐞𝐜̧𝐨𝐢𝐭 𝐭𝐨𝐧 𝐊𝐢𝐭 𝐝𝐞 𝐏𝐞𝐫𝐟𝐨𝐫𝐦𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐨𝐟𝐟𝐞𝐫𝐭)

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