La règle +/- 20%
Il y a quelques jours je suis tombé sur cet article de Cal Newport.
Connaissant l’animal, je m’attendais bien évidemment à quelques pépites.
Une en particulier a retenu mon attention.
Et si tu es plutôt du genre à t’enfermer dans des boucles de surcharge de travail alors la suite va te plaire (ou pas).
20% de plus.
C'est la charge de travail supplémentaire que finissent par assumer les travailleurs du savoir selon Cal Newport.
20% de plus que ce qu'ils pourraient gérer confortablement.
Soit 7H de travail de plus par semaine — faire 6 jours de taff en 5 jours.
Selon Cal, c’est le pire scénario possible.
Parce que "20%", c’est juste assez pour créer un background de stress permanent et pas assez pour que ce soit déclencheurs de changements comportementaux.
En d’autres termes, on pourrait tenir des années à +20%.
Parce que ça n’est pas non plus "extrêmement désagréable".
Résultat : en plus d’être improductif au possible …
(étant donné que les études montrent qu’une personne qui travaillent 25H/semaine est aussi productive qu’une personne qui travaille 5H/semaine et que 35H/semaine est la pire situation possible en termes de productivité)
On finit avec un ulcère à 40 ans.
Belle vie.
C’est ce que j’appelle une magnifique loose-loose situation.
T’y perds sur les deux tableaux.
Dans ce post, je ne vais pas creuser la dimension pression sociale liée à la culture de la perception — ce sera pour un autre jour.
Mais alors comment Cal explique cette règle universelle des +20% ?
Selon lui, c’est le résultat naturel d’une autorégulation de notre charge de travail.
Les structures étaient de moins en moins hiérarchiques et de plus en plus poreuse, ce n’est désormais plus le manager qui va (entièrement) décider de ce que tu dois faire.
Et tu ne te cantonnes plus uniquement aux choses pour lesquelles tu as été embauché.
Au fil des années, on récupère une certaine autonomie quant à la décision du scope de notre charge de travail.
En tant que solopreneur, je n’en parle même pas.
Le problème, c’est que c’est extrêmement difficile (même pour les plus organisés d’entre nous) de naviguer dans cet océan de requêtes.
- Messages.
- Proposition de projets.
- Opportunités.
- Teams.
- Mails.
- Zoom.
Et si c'est si complexe, c'est parce que, comme le rappelle Hegel :
"Le désir de reconnaissance est le désir humain fondamental."
Accepter une requête, c’est être reconnu aux yeux des autres.
Alors même si c’est aussi souvent devenir stressé, éparpillé et inefficace, on accepte parce que c’est notre désir fondamental.
Résultat : on ne se retire que quand le coût de l’acceptation sociale devient plus gros que le bénéfice qu’on en tire.
En d’autres termes, quand on commence à être grave sous l’eau.
Ce qui conduit à cette règle universelle du +20%.
Mais il y a une question qui reste sans réponse dans l’essai de Cal.
Cette question est (très certainement) la plus intéressante :
"Qu’est-ce qu’il se passerait si on rejetait cette règle ?"
Qu’est-ce qu’il se passerait si, par exemple, on visait un -20% que ce qu’on peut confortablement gérer ?
(c’est d’ailleurs une recommandation universelle dans la science de l’organisation pour contrer notre biais de l’optimiste et faire de la place à l’imprévu)
Si tu as un travail entrepreneurial, ça signifierait :
- Dire « non » à plus de choses.
- Finir tes journées plus tôt.
- Prendre une après-midi pour aller surfer.
- Rallonger cette pause repas en lisant un livre au soleil.
Si tu as un travail salarié, ça signifierait :
- Dire « non » à plus de choses.
- Te détacher de la pression de l’acceptation sociale.
- Mettre une patate de forain au diktat de la culture de la perception.
- Arrivé et FINIR à l’heure.
- Prendre l’entièreté de sa pause repas.
- Ne pas participer à ces réunions qui sont inutiles et qui te mettent dans le stress pour le reste de ta journée.
Quel serait l’impact professionnel de l’instauration d’une règle de -20% ?
La réponse de Cal Newport (que je partage entièrement) ?
"Au fur et à mesure que j’approfondi mes recherches en slow productivity, je commence à développer le sentiment que la réponse serait "pas grand-chose"."
Si :
- Tu travailles régulièrement et intensément sur un portfolio raisonnable d’initiatives impactantes
- Tu es assez organisé pour éviter que l’administratif passe entre les mailles du filet
Ton business ne s’écrasera pas/tes responsabilités professionnelle seront toujours bien remplies.
En d’autres termes, le shift de +20% à -20+ pourrait avoir bien moins de conséquence que ce que l’on craint.
Et quand tu comprends que tu sacrifies ton bien être quotidien (voire ta santé long terme) pour perdre sur tous les tableaux, ça pique de ouf.
Le vrai problème derrière tout ça c’est que personne ne pose ces questions.
On connait (très bien) le coût de l’acharnement au travail mais on n’a jamais pris le temps de se questionner sur ses bénéfices.
On se soucis bien plus de manger ce qu’on a dans notre assiette que de se demander quelle taille devrait faire notre assiette en premier lieu.
Et ça, c’est de l’anti-productivité.
Comme dirait tonton Peter Drucker :
"Il n’y a rien de moins productif que de parfaitement faire ce que tu ne devrais pas être fait en premier lieu."
Amen.
Si je devais compiler le top 3 des raisons qui nous poussent à faire du +20%, je dirai :
- La drogue de l’urgence
- Le besoin de reconnaissance (Hegel)
- Notre peur de l’extinction – selon Süze Orman, si les choses sont simples, alors on n’a pas besoin de nous ; du coup, on les complexifie pour justifier notre utilité.
Comme toujours, la première étape est la Clarté.
Avoir conscience du problème.
La seconde étape, y faire face (ensemble).
Alors pose-toi la question :
"Comment je vais progressivement shifter de +20% à -20% dans les prochaines semaines ?"
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𝐓𝐮 𝐚𝐬 𝐚𝐢𝐦𝐞́ 𝐜𝐞 𝐩𝐨𝐬𝐭 ? 𝐉'𝐞𝐧 𝐞́𝐜𝐫𝐢𝐬 𝟏/𝐣𝐨𝐮𝐫 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐦𝐚 𝐧𝐞𝐰𝐬𝐥𝐞𝐭𝐭𝐞𝐫. 𝐂𝐥𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐢𝐜𝐢 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐫𝐞𝐣𝐨𝐢𝐧𝐝𝐫𝐞 (& 𝐫𝐞𝐜̧𝐨𝐢𝐭 𝐭𝐨𝐧 𝐊𝐢𝐭 𝐝𝐞 𝐏𝐞𝐫𝐟𝐨𝐫𝐦𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐨𝐟𝐟𝐞𝐫𝐭)