❂ Ideaverse

Pourquoi l'IA ne te rend pas plus productif

Question fascinante.

Fascinante parce qu'elle fait écho au Paradoxe du Progrès — phénomène largement observé et documenté durant ce dernier siècle.

D'abord, il y a une nouvelle technologie qui promet d'accélérer certaines parties pénibles de notre travail.

Tout le monde est excité à l'idée de libérer du temps pour :

  1. Du travail profond — aligné sur nos valeurs, nos ambitions et nos poursuites créatives
  2. Les loisirs — alignés sur nos passions, notre philosophie de vie et nos aspirations

On baigne dans cette euphorie technologique pendant un temps.

On rêve nos journées idéales, on ressent un vent de liberté s'approcher, on se projette dans cette réalité alternative que l'on peut presque toucher du doigt tellement elle semble réelle.

Bref, on se dit qu'on est enfin arrivés à ce stade civilisationnel où le travail ne représentera qu'une partie du tout qu'est la vie.

Puis le temps passe et on doit se rendre à l'évidence :

Cette projection n'était qu'un mirage.

On se retrouve plus occupés qu'avant sans produire davantage de résultats à forte valeur (les fameuses tâches d'impact qui font réellement avancer les choses).

On l'a vu avec la révolution informatique dans les bureaux.

Avec l'email. Avec le téléphone portable. Avec la visioconférence.

Pour rappel, Keynes prédisait quand même une semaine de 15H de taff pour aujourd'hui.

Spoiler alert, rien de tout ça n'est arrivé.

C'est une loi non écrite du capitalisme cognitif : les gains d'efficacité ne se transforment jamais en liberté — ils se transforment en nouvelles attentes.

Aujourd'hui, beaucoup craignent qu'il se passe la même chose avec l'IA.

Ces inquiétudes ont été renforcées par un article récent du The Wall Street Journal.

« L'IA ne réduit pas la charge de travail. Elle la rend plus intense. »

L'article cite une étude de l'entreprise ActivTrak, qui a analysé l'activité numérique de 164 000 employés dans plus de 1 000 entreprises.

Ce qui rend cette étude intéressante, c'est sa méthodologie.

Elle a suivi des utilisateurs d'IA pendant 180 jours avant et après leur adoption de ces outils, ce qui permet de voir précisément ce qui a changé.

Les résultats ?

ActivTrak a constaté que l'IA intensifie l'activité dans presque toutes les catégories :

Le temps passé sur les emails, la messagerie et les chats a plus que doublé tandis que l'utilisation d'outils de gestion (RH, comptabilité, etc.) a augmenté de 94 %.

La seule catégorie qui n'a pas été intensifiée ?

Je te le donne en 1000 :

Le Deep Work.

Le temps consacré à un travail concentré, sans interruption (celui nécessaire pour résoudre des problèmes complexes, écrire, concevoir, réfléchir) a diminué de 9 % alors qu'il est resté quasiment stable chez les non-utilisateurs.

Qu'on soit bien clair :

C'est le pire scénario possible.

Tu travailles plus vite et plus intensément mais surtout sur des tâches superficielles et mentalement coûteuses (à cause des changements de contexte permanents) qui n'impactent que marginalement les vrais résultats.

On ne sait pas encore exactement pourquoi l'IA produit cet effet.

(même si j'ai ma petite idée dont je te parle plus loin)

Mais un indice intéressant vient de la professeure Aruna Ranganathan, citée dans l'article :

« L'IA rend les tâches supplémentaires faciles et accessibles, ce qui crée une sensation de momentum. »

Comment ne pas penser à ce qu'il s'est passé avec l'arrivée de l'email ?

Envoyer un email était clairement plus efficace que gérer des fax ou des messages vocaux.

Mais dès que la communication est devenue fluide ?

Les journées de travail se sont transformées en un enchaînement frénétique d'échanges.

Ça donnait une impression de productivité (basée sur l'activité) mais ça a dégradé presque tous les autres aspects du travail et rendu les gens malheureux.

Souviens-toi :

Le problème des techniques qui te rendent improductif c'est qu'elles te font sentir productif parce que ton cerveau est plus stimulé.

Et vice-versa.

Les outils d'IA semblent reproduire cette dynamique, mais avec des micro-tâches.

Les utilisateurs :

Les plus avancés vont même jusqu'à superviser des essaims d'agents pour paralléliser encore plus ces tâches.

Encore une fois, ça donne l'impression d'être productif.

Les tâches individuelles vont plus vite, l'activité globale augmente.

Mais est-ce qu'on est vraiment en train d'accélérer les bonnes choses ?

Tout ça nous amène à un sujet dont j'ai souvent parlé ces dernières semaines :

La nécessité croissante de la philosophie à l'ère dans laquelle nous basculons.

Soyons clairs :

La barrière entre l'idée et l'exécution fond à vue d'oeil.

Il y a encore quelques mois, je n'avais pas à me soucier de la centaine d'idées qui traverse mon esprit chaque année...

C'était tout simplement infaisable.

Elles demandaient des ressources (temps, RH, fonds) que je n'avais tout simplement pas (ou pas envie) d'investir.

Par défaut, 99% d'entre elles mourraient.

Et tant mieux.

Mon esprit reste frais, libre et 100% disponible pour les quelques idées importantes qui permettent de faire bouger les choses.

Aujourd'hui, le filtre des ressources ne fonctionne plus.

Sur l'entièreté de ton corpus d'idées, il y a fort à parier qu'elles soient quasi toutes réalisables.

Et quand les contraintes matérielles n'existent plus, que nous reste-t-il pour contenir l'éparpillement ?

Gagné :

Les contraintes immatérielles.

Celle que l'on s'auto-impose :

C'est dans ce sens que la philosophie est (et continuera de devenir) essentielle.

La capacité à :

Bref, la capacité à s'auto-réguler.

La tempérance.

Plus que jamais, l'introspection et la pratique de la philosophie seront des atouts redoutables.

L'échec dans le développement de ces compétences conduira à ce qu'on observe partout autour de nous.

Des humains qui :

Alors attention.

Y'a, à mon sens, une précision importante à faire à ce stade :

Le manque d'intentionnalité dans l'usage IA n'est pas le seul fautif de cette perte de productivité.

Il y a certes une incapacité à être intentionnel.

À travailler de façon asymétrique en se posant constamment la question de comment je pourrais utiliser cette nouvelle technologie pour réduire mon temps de travail plutôt qu'augmenter le volume de tâches que je peux absorber.

(question à se poser 10 fois par jour pendant les prochains mois si nécessaire)

Je t'ai déjà présenté les 2 filtres que j'utilise pour naviguer stratégiquement cette problématique dans cette vidéo.

Mais il y a un autre problème.

Et il est de taille :

Les gens ne sont tout simplement pas formés (et sensibilisés) à la bonne utilisation de ces outils.

Une des problématiques principales est la génération de contenu IA médiocre ralentissant tout le reste de la chaîne de création solopreneuriale.

On produit des résultats médians, souvent trop peu pertinents pour être utiles.

Pourquoi ?

Parce qu'on ne comprend pas comment bien utiliser l'IA.

Les contraintes de mémoire, de fenêtre de contexte et, surtout, la problématique du Context Engineering — l'art de structurer l'environnement informationnel d'un LLM (décider quoi lui donner à voir, quand, sous quelle forme) pour lui permettre d'accomplir une tâche.

On passe progressivement dans une ère où la capacité à générer et gérer son contexte personnel devient un superpouvoir.

Et ce pour une seule raison :

Il permet de débrider l'usage de l'IA en révélant 80% de son potentiel caché.

C'est une thématique fascinante qui mérite de se pencher dessus (on le fera dans le nouveau programme/accompagnement) mais, pour l'instant, ne retiens qu'une chose :

L'IA est une épée à double-tranchant.

Ceux qui en sont victimes finiront Dépendants Cognitifs :

À l'inverse, ceux qui apprendront à dompter cette technologie resteront Souverains Cognitifs tout en développant une force de frappe pro et perso sans précédent.

Une amplification humaine au service de leur objectif de vie.

Pour ça, il faudra développer la Capacité Technique et la Capacité Philosophique.

1/ La Capacité Technique :

Un humain, un second cerveau centralisant tout le contexte pertinent pour l'humain en question et une flopée d'agents qui assistent.

Un exosquelette cognitif.

L'IA bosse sur l'exécution, l'analyse et l'administratif.

L'humain consacre son temps à apprendre, créer, stratégiser et créer des relations.

L'IA exécute à la vitesse d'une machine.

L'humain détermine quoi exécuter et pourquoi l'exécuter.

(ce qui suppose, en premier lieu, de générer de la clarté et de la structure sur nos vies)

2/ La Capacité Philosophique :

Continuer à travailler son introspection, son auto-régulation et sa tempérance à côté d'une stack technique puissante.

Développer une obsession pour :

  1. La gestion de ses désirs et de ses peurs
  2. L'alignement intransigeant sur ses valeurs, sa philosophie et sa vision (Cap Existentiel)

Bref, le moteur de la Productivité Asymétrique :

La capacité à faire ce qu'on veut faire sans dévier vers des comportements réflexes.

Je finirai en citant Kaidia, Starter de la TDS, réagissant à mon post sur le Second Cerveau Augmenté :

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En tant qu'humain, nous traversons une période éprouvante (entre peur de devenir obsolète, blessure narcissique et redéfinition de standards) amplifiée par une technologie complexe où chaque faux-pas (ou absence de pas) peut avoir des conséquences long-terme non négligeables.

Mais sois sûr d'une chose :

Ton fidèle serviteur passe ses journées à faire ce que tu n'as (peut-être) pas le temps de faire — explorer ces nouveaux territoires pour te livrer comment mettre ces opportunités sans précédent au service de la philosophie qui brûle dans le coeur de la TDS depuis 2020 :

Travailler Moins. Accomplir Plus. Vivre Intensément.

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𝐓𝐮 𝐚𝐬 𝐚𝐢𝐦𝐞́ 𝐜𝐞 𝐩𝐨𝐬𝐭 ? 𝐉'𝐞𝐧 𝐞́𝐜𝐫𝐢𝐬 𝟑/𝐬𝐞𝐦𝐚𝐢𝐧𝐞 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐦𝐚 𝐧𝐞𝐰𝐬𝐥𝐞𝐭𝐭𝐞𝐫.
𝐂𝐥𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐢𝐜𝐢 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐫𝐞𝐣𝐨𝐢𝐧𝐝𝐫𝐞 (& 𝐫𝐞𝐜̧𝐨𝐢𝐭 𝐭𝐨𝐧 𝐊𝐢𝐭 𝐝𝐞 𝐏𝐞𝐫𝐟𝐨𝐫𝐦𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐨𝐟𝐟𝐞𝐫𝐭)

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