❂ Ideaverse

Porte ≠ Mur

Y'a une histoire que l'humain adore se raconter sur le succès :

(moi le premier)

  1. Quelqu'un sort de nulle part
  2. Il construit quelque chose d'extraordinaire
  3. Le monde entier a les yeux rivés sur son œuvre
  4. C'est un overnight success

Y'a quelque chose de magnifique dans cet évènement.

Quelque chose d'héroïque, presque lyrique.

Sauf que cet évènement est une illusion.

Y'a quelques années, Naval Ravikant a posté un tweet qui adresse directement ce que je considère comme le mythe le plus dangereux de l'ambition moderne.

"Grind and sweat, toil and bleed, face the abyss. It's all part of becoming an overnight success."

En français :

"Bosse dur et transpire, trime et saigne, affronte l'abîme. Tout cela fait partie du chemin pour devenir un overnight success."

L'appli qui devient virale...

Le bouquin qui devient un bestseller...

L'indie hacker qui génère 3M$ de ARR en solo...

Regarde les articles et les journaux et tu trouveras toujours le même titre :

L'overnight success aka. celui qui "réussit du jour au lendemain".

Ce que le titre n'inclut jamais par contre ?

Ce sont les 7 années qui précèdent cette explosion fulgurante.

Il y a quelque chose de dangereux dans cette croyance.

Dans cette idée selon laquelle le succès, quand il arrive, arrive soudainement.

Que ceux qui réussissent ont été choisis, qu'ils ont eu de la chance ou qu'ils sont simplement faits différemment.

Ce danger, c'est qu'elle nous retire du pool de ceux que l'on considère comme capables ou méritants.

Ceux qui enregistrent des grosses victoires "ordinaires" ne sont pas si éloignés de toi.

C'est même presque toujours l'inverse.

Le côté « succès du jour au lendemain » correspond simplement à la première nuit où tu as entendu parler d'eux.

Derrière cette nuit là se cachent des milliers d'autres passées à travailler dans l'ombre.

I. Les années invisibles

Pour imager tout ça, on pourrait dire que chaque succès visible repose sur une fondation invisible faite d'années où :

C'est une mécanique que l'on retrouve même dans les succès les plus retentissants.

Jeff Bezos a vendu des bouquins depuis son garage pendant des années avant qu'Amazon devienne Amazon.

Le manuscrit de J.K. Rowling a été refusé 12 fois.

Naval lui-même a construit des boîtes, écrit, réfléchi en public pendant des années avant qu'un simple thread Twitter fasse de lui un nom dans la Silicon Valley.

D'ailleurs si on regarde les âges auxquels les plus grands icônes ont enregistré un succès conséquent, on devine les années qui précèdent :

(enregistre cette liste dans ton second cerveau pour les jours où tu doutes)

Une des choses les plus difficiles avec ces années de grind dans l'ombre, c'est que les gens ne t'encouragent qu'à 2 moments :

  1. Au début de la course
  2. Et à la fin

Jamais au milieu.

Pourtant, c'est au milieu que la victoire se produit.

Le milieu, c'est la période ennuyeuse, épuisante, démoralisante.

C'est le moment où tu as quitté ton groupe initial mais où tu n'as pas encore rejoint le nouveau.

Tu as laissé derrière toi tes amis de départ qui ne comprennent plus ce que tu fais.

Mais tu n'es pas encore assez avancé pour rejoindre ceux qui ont déjà réussi.

Tu es seul.

Et personne n'applaudit.

Alex Hormozi le dit parfaitement :

"Aujourd'hui, si je devais faire quelque chose, j'aurais des tonnes de soutien. Mais je n'ai plus vraiment besoin de ce soutien maintenant. J'en avais besoin au milieu — pendant toutes ces années où personne ne savait qui était Alex."

C'est le Paradoxe du Soutien.

Le milieu est là où tout se joue mais bordel ce que c'est dur.

C'est apprendre à traverser :

L'écart entre « j'ai commencé » et « ça a marché » est l'endroit où la plupart des gens abandonnent.

Ceux qui restent deviennent des "overnight successes" pour tous ceux qui ne regardaient pas.

Cette partie-là ne se documente jamais.

Elle n'intéresse personne à part celui qui la vit.

La galère ne trend pas.

Le process ne devient jamais viral.

Seul le résultat voyage.

II. Pourquoi ce mythe est dangereux

Comme je te le disais plus haut, le mythe du succès overnight fait bien pire que juste "déformer la réalité".

Il abîme ~activement les gens qui y croient.

Quand tu crois que le succès arrive d'un coup, chaque jour où il n'est pas encore arrivé devient une preuve qu'il n'arrivera jamais.

Que ce n'est pas pour toi.

Tu n'en es pas capable, tu ne le mérites pas, tu ne fais pas partie de la légion.

Tu commences à te comparer à une chronologie qui n'existe pas...

Tu contrastes ton Chapitre 3 avec le Chapitre 30 de quelqu'un...

Et à un moment tu finis ~forcément par lâcher pour une seule et même raison :

Tu t'attendais à ce que le succès paie plus vite qu'il ne le pouvait réellement.

Les mots de Naval n'ont pas été choisis au hasard.

Grind and sweat — c'est la monotonie quotidienne, la répétition que personne ne romantise.

Toil and bleed — c'est le coût, le sacrifice, ce que t'as laissé derrière et que personne ne saura jamais.

Face the abyss — c'est le moment où tu regardes tout ce que t'as construit sans savoir si ça va compter un jour.

L'abîme dont il parle, c'est pas l'échec.

L'abîme, c'est continuer sans aucune preuve que tu devrais.

Avec cette sensation de doute, d'absurdité.

C'est précisément ~ici que les gens ne survivent pas.

Pas durant la phase de taff — tout le monde peut taffer fort.

Pas durant la phase de sacrifice — les gens se sacrifient tout le temps.

C'est dans la phase d'incertitude.

Les années à faire les bonnes choses sans le moindre feedback positif de l'univers.

C'est ici que tout se joue.

Le vrai prix d'entrée.

III. Le succès est un indicateur retardé

Si on enlève la poésie de tout ça, il ne reste qu'une vérité mathématique :

Le succès est un indicateur retardé.

Tout ce que tu vois aujourd'hui (l'argent, la réputation, l'influence) c'est le résultat de décisions prises en aval des années plus tôt.

La personne que t'admires n'est pas devenue "successful" quand tu l'as remarquée.

Elle l'est devenue le jour où elle a continué alors qu'abandonner avait plus de sens.

Ça peut paraitre rien écrit comme ça mais ça renverse complètement la dynamique du jeu.

En tout cas ça l'a bien renversé pour moi.

Parce que quand le succès est un indicateur retardé, ton job n'est plus de chercher frénétiquement les preuves de résultats...

C'est "juste" de continuer à livrer.

Le fameux Jeu Infini de James Carse.

Chop wood, carry water.

Ceux qui « réussissent » sont pas les plus talentueux.

Ce sont ceux qui ont continué à avancer après que la motivation les a quittés.

La compétence la plus importante dans la vie, c'est la capacité à différer la gratification.

IV. L'abîme est le filtre

Si peu de gens arrivent de l'autre côté, c'est bien parce que l'abîme (cette période d'effort maximal et de feedback minimal) est le mécanisme filtrant le plus efficace jamais conçu.

Il ne filtre pas par l'intelligence, par le talent, par les connexions ou par le capital.

Non non non mon Starter.

Il filtre par quelque chose de beaucoup plus juste :

Par ta capacité à continuer quand t'as aucune raison rationnelle de le faire.

C'est pour ça que le langage de Naval est aussi physique.

Grind. Sweat. Toil. Bleed.

C'est ce que ça coûte vraiment de construire quelque chose de réel.

La plupart des gens imaginent le succès comme une porte dont on doit trouver la clé.

En réalité, le succès est plus proche d'un mur que d'une porte.

Tu trouves pas de passage pour le traverser.

T'éclate juste ton épaule en chargeant contre lui jour après jour jusqu'au matin où tu réalises que tu es passé de l'autre côté et où tous ceux qui te regardent pensent que tu viens d'apparaître là.

Comme par magie.

V. Ce que ça change dans ta construction

Bref, j'imagine que si j'ai eu envie d'écrire rapidement ces quelques mots en ce vendredi matin, c'est parce que je suis dans un période de build caractéristique de ce genre d'incertitudes.

Et si toi aussi tu bâtis quelque chose en ce moment (un business, une audience, une compétence, un corps, etc), j'aimerais partager avec toi quelques conseils que j'essaie de m'appliquer en ce moment :

  1. Arrête de te comparer à des timelines que tu vois pas.

Le créateur que tu envies aujourd'hui a des années d'abîme que tu n'as jamais vues.

Tu compares ton mois 3 à son année 7.

Ferme cet onglet et recentre-toi sur ta vision.

  1. Mesure les inputs, pas les outputs.

Combien de jours t'as show up cette semaine ?

Pas combien de résultats t'as eus, combien de jours t'as répondu présent ?

Rappelle-toi que les résultats sont des indicateurs retardés.

Continue d'avancer.

  1. Traite l'absence de feedback comme un signal neutre, pas négatif.

Ne pas avoir de preuve n'est pas une preuve d'échec.

Ça veut juste dire que les preuves ne sont pas encore visibles.

Rappelle-toi "l'absence de preuve n'est pas la preuve de l'absence".

  1. Construis des marqueurs de process plutôt que des marqueurs de résultat.

Des trucs qui bougent même quand le monde extérieur bouge pas.

C'est littéralement ce que je fais avec cette newsletter depuis 2020.

Aucune métrique de "succès" externe n'a bougé les 200 premières éditions, j'ai juste compté les éditions.

La seule question qui compte c'est pas "est-ce que ça va marcher ?"

C'est "est-ce que je suis capable de continuer sans en avoir la certitude ?"

Et surtout n'oublie pas :

Tu n'es pas seul.

Dans cette quête de bâtir une vie d'absolue abondance, nous sommes plus d'un millier à ouvrir chaque jour cette newsletter et lire les mêmes mots que ce que tu es en train de lire.

C'est plus que La Cigale pleine à craquer d'âmes qui ont la démence de vivre et pour qui abandonner leurs rêves les plus fous n'est même pas une option.

Une petite communauté underground dans l'écosystème FR qui n'a pas fini de faire parler d'elle.

__

𝐓𝐮 𝐚𝐬 𝐚𝐢𝐦𝐞́ 𝐜𝐞 𝐩𝐨𝐬𝐭 ? 𝐉'𝐞𝐧 𝐞́𝐜𝐫𝐢𝐬 𝟑/𝐬𝐞𝐦𝐚𝐢𝐧𝐞 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐦𝐚 𝐧𝐞𝐰𝐬𝐥𝐞𝐭𝐭𝐞𝐫.
𝐂𝐥𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐢𝐜𝐢 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐫𝐞𝐣𝐨𝐢𝐧𝐝𝐫𝐞 (& 𝐫𝐞𝐜̧𝐨𝐢𝐭 𝐭𝐨𝐧 𝐊𝐢𝐭 𝐝𝐞 𝐏𝐞𝐫𝐟𝐨𝐫𝐦𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐨𝐟𝐟𝐞𝐫𝐭)

#Modèles Mentaux #Philosophie #Psychologie