Loi de Frankl Inversée
La semaine dernière, je suis tombé sur une nouvelle idée. Son auteur : Chris Williamson.
Son nom : la Loi de Frankl Inversée.
Les dommages qu'elle m'a infligés : critiques.
Tu connais peut-être cette citation de Viktor Frankl :
« Quand un homme ne peut pas trouver un sens profond, il se distrait avec le plaisir. »
En gros, Frankl décrit comment le manque de sens pousse les gens vers des échappatoires superficielles plutôt que de faire face au vide existentiel.
Idée désormais vue et revue — pas novatrice à l'époque.
Chris, lui, propose l'inverse.
Et ça fait mal.
« Quand un homme ne peut pas trouver un plaisir profond, il se distrait avec le sens. »
Si la facilité, la grâce, la joie et l'espièglerie ne viennent pas naturellement, une solution consiste à ignorer complètement le bonheur et à toujours poursuivre des choses difficiles.
(relis cette phrase)
On devient champion du monde du test du marshmallow.
On se convainc que la gratification différée à perpétuité est noble, parce qu'on a du mal à se sentir gratifié.
En gros :
On priorise le sens par rapport au bonheur parce que le bonheur ne vient pas facilement.
Et c'est exactement là où ça devient dangereux.
Le problème avec cette approche, c'est qu'elle devient une Prison Mentale déguisée en vertu.
On construit un système de valeurs entier autour de notre incapacité à simplement ressentir la joie.
Au lieu de traiter le problème — cette difficulté fondamentale à être heureux — on glorifie le symptôme.
On transforme notre dysfonctionnement en philosophie de vie.
J'observe ce pattern partout autour de moi.
Dans cette génération d'entrepreneurs obsédés par l'optimisation sans jamais prendre le temps de célébrer leurs victoires
Dans ces high-performers qui accumulent les accomplissements comme des trophées poussiéreux dans un placard qu'ils n'ouvrent jamais.
Dans ces personnes qui parlent de « delayed gratification » comme d'une religion, mais qui n'arrivent jamais au moment de la gratification
Le problème, c'est que, comme dit Bill Perkins dans son excellent Die With Zero :
« La gratification différée à l'extrême se traduit par … aucune gratification. »
De l'extérieur, on dirait qu'on a transcendé le besoin superficiel de plaisir.
En réalité, c'est juste une stratégie d'évitement sophistiquée pour ne pas faire face au fait qu'on a du mal à ressentir de la joie.
On se construit une prison dorée.
Une prison où on promet sans cesse que le bonheur viendra demain — pendant que demain n'arrive jamais.
"Le syndrome du bonheur différé est le sentiment commun que votre vie n'a pas commencé, que votre réalité actuelle n'est qu'une simple préface d'un futur idyllique. Cette idylle est un mirage qui disparaîtra à mesure que tu t'en approches, révélant que la préface que tu as traversée précipitamment était en fait celle de ta mort." — Gurwinder Bhogal
Transformer sa pathologie en identité.
Le piège ultime.
« Je suis quelqu'un de discipliné qui ne s'accorde pas de plaisirs futiles. »
« Je suis au-dessus de ces petites satisfactions que recherchent les faibles. »
« Mon bonheur viendra quand j'aurai atteint mes objectifs. »
Félicitations : tu as réussi à subjuguer ton bonheur comme tribut à ton travail.
J'ai l'impression qu'il est fondamental de ne pas confondre 2 choses :
- Le sérieux dénué d'humour et de plaisir
- La sophistication
Cette mentalité n'est pas de la discipline — c'est de l'Évitement Stratégique.
On prend des conseils Type A pour des gens Type B et on en a fait une religion.
On transforme notre incapacité à jouir du moment présent en badge d'honneur.
Une vie sans plaisir immédiat est une vie à moitié vécue.
Comme le dit Thoreau :
« Le prix de toute chose est la quantité de vie qu'on échange pour l'obtenir. »
Si on continue dans cette métaphore, beaucoup d'entre nous passent leur vie à faire des versements sur un compte en banque duquel on ne retire jamais.
Il faut qu'on arrête de traiter le bonheur comme un luxe qu'on s'accordera « plus tard ».
Le bonheur n'est pas la récompense du travail accompli.
C'est le carburant qui rend le travail supportable.
L'oxygène qui permet à l'ambition de respirer.
Le partenaire de voyage durant notre Quête de Vie.
Alors ok, la vie a ses devoirs.
Mais ils ne seront jamais terminés.
Alors si tu veux vraiment :
Écrire ce roman
Passer plus de temps avec tes parents vieillissants
Ou simplement kiffer ta vie en t'amusant
… à un moment donné, tu vas devoir commencer.
Maintenant, c'est mieux.
Pas demain.
Pas après le prochain objectif.
Maintenant.
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𝐓𝐮 𝐚𝐬 𝐚𝐢𝐦𝐞́ 𝐜𝐞 𝐩𝐨𝐬𝐭 ? 𝐉'𝐞𝐧 𝐞́𝐜𝐫𝐢𝐬 𝟑/𝐬𝐞𝐦𝐚𝐢𝐧𝐞 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐦𝐚 𝐧𝐞𝐰𝐬𝐥𝐞𝐭𝐭𝐞𝐫.
𝐂𝐥𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐢𝐜𝐢 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐫𝐞𝐣𝐨𝐢𝐧𝐝𝐫𝐞 (& 𝐫𝐞𝐜̧𝐨𝐢𝐭 𝐭𝐨𝐧 𝐊𝐢𝐭 𝐝𝐞 𝐏𝐞𝐫𝐟𝐨𝐫𝐦𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐨𝐟𝐟𝐞𝐫𝐭)