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La Malédiction des Portes Ouvertes

🌊 Vague rédigée sans IA en 2H56 minutes dans un bus direction Toulouse~

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C'est étrange à quel point les défis existentiels sont différents d'une génération à l'autre.

Quand je discute avec mes grands-parents, j'ai l'impression que le principal défi de l'époque était l'acceptation de sa réalité.

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Mes grands-parents sont nés, ont vécu et vont probablement mourir dans un rayon de quelques kilomètres.

Les grands discours de développement personnel à base de "tu deviens qui t'as envie d'être" sont complètement anachroniques à la France du début du 20ème siècle.

L'époque était caractérisée par une difficulté extrême à s'extraire de sa condition, probablement dû à la difficulté d'accès à des réseaux d'opportunités.

Pas d'internet, friction au déplacement géographique, sociétés précaires, difficulté d'accès à l'éducation "supérieure", etc.

Il y aura évidemment toujours des anomalies mais, de mes observations, ceux qui vivaient une vie de bonheur étaient ceux qui acceptaient leur réalité.

Ils ne se torturaient pas l'esprit H24 avec toutes les vies qu'ils pouvaient vivre... ils ne pouvaient pas les vivre.

Ce qui importait, c'était la beauté de ce qu'ils pouvaient réaliser sur leur territoire actuel.

C'est tout.

On regarde souvent ces comportements de haut en les considérant comme fatalistes mais, personnellement, les personnes les plus heureuses que j'ai côtoyées ont grandi dans cette génération.

Quand je discute avec mes parents, j'ai l'impression que le principal défi de l'époque était l'ouverture de portes.

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De ma lecture, les années 60-70 étaient des années où l'accès aux opportunités a commencé à se démocratiser.

Ce n'était pas encore aussi "simple" qu'aujourd'hui mais on avait déjà quitté l'extrême difficulté de la génération précédente.

L'enjeu de cette génération était donc d'augmenter le nombre d'opportunités qui s'ouvraient à elle pour qu'elle puisse choisir la meilleure option subjective.

On fait des études plus longues, on commence à bouger bien plus loin géographiquement, on voyage beaucoup plus... bref, on ouvre un maximum de portes pour trouver celle qui nous correspond le mieux.

Vient alors notre génération...

Et quand je discute avec mes potes, j'ai l'impression que le principal défi de notre époque est... de fermer des portes.

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Ce dernier siècle d'accroissement d'opportunités nous a menés tout droit à l'enfer décisionnel dans lequel on baigne aujourd'hui.

On se noie dans la prolifération d'options.

Aujourd'hui, tout est à portée de main. Tu peux :

Les barrières s'estompent, tout devient saisissable dans l'instant et c'est la première fois dans l'histoire que l'on peut effectivement "devenir qui on veut".

Sur le papier, c'est une chance inouïe.

Une chance dont nos grands-parents n'auraient même pas osé rêver.

Sauf que, de mes observations, cette chance s'est transformée en une véritable malédiction :

La Malédiction des Portes Ouvertes.

Installe-toi confortablement.

Fais-toi couler un bon kawa.

Feu.

I. Le mismatch évolutionniste

Le fond du problème peut être résumé en quelques mots :

L'être humain n'est pas fait pour gérer autant d'options.

En 100 ans, on a vu débarquer la voiture, l'avion, la télé, l'ordinateur, internet, le smartphone...

Mais notre cerveau n'a quasiment pas bougé depuis 200 000 ans.

On vit dans une société ultra-moderne avec l'équipement de nos ancêtres paléolithiques.

Un équipement peut-être conçu pour choisir entre 2 ou 3 chemins dans la savane, mais pas entre 47 000 références de supermarché.

Ce trop-plein d'options plonge notre cerveau dans un état d'Entropie Psychique.

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Selon Mihaly Csikszentmihalyi (le psychologue derrière le concept de Flow), l'entropie psychique est une sorte de désordre de la conscience.

C'est un état dans lequel l'être humain plonge quand trop d'informations se bousculent dans sa tête sans qu'aucune structure ne vienne les mettre en ordre.

Pour faire simple :

C'est le chaos.

De ma lecture des choses, le chaos se manifeste à 2 moments : avant et après le choix.

1/ Avant le choix, le chaos nous paralyse.

Un phénomène qu'on connait bien sous le nom de Paralysie de l'Analyse.

(terme popularisé par Igor Ansoff dans son livre Corporate Strategy pour critiquer les dirigeants qui analysent tellement qu’ils ne décident plus)

En 1952, ce phénomène est démontré par le psychologue William Hick : plus on a d'options, plus on met de temps à décider.

Il sera labellisé sous la Loi de Hick, loi utilisée aujourd'hui par tous les designers d'interfaces.

Mais si plus le nombre d'options augmente plus on met de temps à décider, au-delà d'un certain palier, on se met à ne plus décider du tout.

En 2000, Sheena Iyengar et Mark Lepper installent un stand de dégustation de confitures dans un supermarché californien.

Certains jours, le stand propose 24 confiotes, d'autres jours seulement 6.

Le résultat ne s'est pas fait attendre :

Ceux qui ont 4x moins d'options achètent 10x plus.

Tout ça illustre cette espèce de phénomène étrange qui veut que l'abondance nous attire mais nous paralyse.

C'est la vieille histoire de l'âne de Buridan, mort de faim et de soif entre un picotin d'avoine et un seau d'eau, incapable de choisir par lequel commencer.

Ça c'est une des manifestations de l'entropie psychique avant la décision.

Mais quand on arrive à se forcer la main pour décider, c'est presque pire.

2/ Après le choix, le chaos nous rend insatisfaits.

C'est le fameux Paradoxe du choix popularisé par le psychologue Barry Schwartz :

Plus tu as d'options, moins tu es satisfait de celle que tu choisis.

Pourquoi ?

Parce que chaque option non choisie devient un fantôme qui te hante.

En 2017, 2 chercheurs de l'université du Wisconsin demandent à 152 étudiants de choisir un partenaire potentiel parmi des profils de site de rencontre.

Les uns choisissent parmi 24 profils alors que les autres choisissent parmi 6.

1 semaine plus tard, tu le vois venir :

Ceux qui avaient 24 options sont moins satisfaits de leur choix et plus nombreux à vouloir le changer.

Je pense que le pire dans cette histoire c'est que même quand on choisit objectivement mieux, on est moins heureux.

C'est pas comme si, dans un univers de choix abondants, faire le bon nous libérait de l'insatisfaction.

Non, ça change rien.

Barry Schwartz a identifié 2 profils de décideurs :

  1. Les Maximizers, qui cherchent constamment LA meilleure option
  2. Les Satisficers, qui se contentent d'une option suffisamment bonne

En 2006, une étude suit plus de 500 étudiants à la recherche de leur premier job.

Et qu'est-ce qu'ils ont observé ?

Les Maximizers décrochent des salaires de départ 20% plus élevés que les Satisficers... mais sont moins satisfaits du job qu'ils obtiennent.

En plus de ça, ils vivent leur recherche avec plus de stress, d'anxiété et de frustration.

Les grands gagnants de la loterie.

Je me permets de chambrer parce que je suis moi-même un Maximizer et je sais qu'on est nombreux dans la Tribu.

Bref, long story short :

J'aimerais maintenant que l'on se penche sur la situation dans laquelle ça nous conduit ; situation qui, à mon avis, va t'être bien familière.

II. L'enfer de l'entre-deux

Face à cette souffrance, notre réflexe est simple :

On refuse de fermer des portes.

Je sais, ça parait contre-intuitif.

On se dit même que si le nombre de portes ouvertes est si désagréable à l'être humain, son premier réflexe devrait être d'en fermer.

Mais non, Aversion à la Perte oblige, on est même prêts à payer pour les garder ouvertes.

Dan Ariely l'a démontré avec une expérience que j'adore et dont j'ai déjà parlé dans la TDS : le Jeu des Portes.

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Des étudiants du MIT sont face à un écran avec 3 portes.

Ils ont 100 clics.

Chaque clic dans une pièce leur rapporte de l'argent.

Rapidement, ils identifient la pièce qui rapporte le plus et ils y restent.

Logique.

Puis Ariely ajoute une règle : chaque porte non visitée pendant 12 clics disparaît pour toujours.

Et là, tout change.

Même après avoir identifié la meilleure pièce, les joueurs passent leur temps à courir d'une porte à l'autre pour empêcher les autres de disparaître.

Résultat : ils gagnent environ 15% de moins pour des portes qui ne leur rapportent presque rien.

C'est tout le paradoxe de notre époque :

On se plaint d'étouffer sous les options mais on se bat pour n'en fermer aucune.

Ce refus de choix nous déplace progressivement dans ce qu'Esther Perel appelle l'Ambiguïté Stable.

Elle utilise ce concept pour décrire ces relations où l'on dose juste assez d'amour et de présence pour ne pas se sentir seul mais pas trop, pour ne pas se sentir enfermé.

Un pied dedans, un pied dehors.

Aujourd'hui, ce concept dépasse largement le couple.

Je dirais même que c'est l'état dans lequel vit toute notre génération.

Pete Davis, dans son livre Dedicated, le formule comme ça :

« J'en viens à penser que c'est la caractéristique qui définit le mieux ma génération : garder nos options ouvertes. Le philosophe polonais Zygmunt Bauman a cette excellente phrase qui résume ce dont je parle : modernité liquide. On ne veut plus s'engager envers une identité, un lieu ou une communauté... donc on reste liquide, dans un état qui peut s'adapter à n'importe quelle forme future. »

Concrètement, ça ressemble à ça :

On reste bloqué au milieu, ne s'engageant jamais ni à droite, ni à gauche.

Et le pire, c'est que cet entre-deux se vit dans la culpabilité.

Ce monde de possibilités infinies vient avec un revers de médaille très douloureux :

Dans un monde où tu peux devenir qui tu veux, chaque constatation de l'écart entre notre réalité actuelle et notre réalité convoitée est vécue comme un échec.

On ne peut plus utiliser la carte joker de nos grands-parents ou de nos parents.

Aujourd'hui, toutes les barrières ont été abolies.

Il n'y a aucune limite à ce que l'on peut avoir, faire et devenir.

Si on ne vit pas la vie que l'on veut, c'est entièrement de notre faute.

Sartre en parlait déjà à l'époque avec son fameux "l'homme est condamné à être libre".

Condamné à devoir faire "le bon choix" dans un monde qui en déborde.

Condamné à chercher l'aiguille dans une botte de foin.

Alors on passe notre vie à pondérer un univers d'options, à la recherche de la meilleure, pour finir par faire un choix dont on regrettera probablement l'alternative jusqu'à la fin de notre vie.

Comme dit Kierkegaard :

"Quoi que tu choisisses, tu le regretteras. Parce que le problème ne réside pas dans tes choix mais dans l'idéalisation d'une vie que tu n'as pas vécue. Un chemin que l'on n'a pas emprunté paraît toujours séduisant et mystérieux."

Alors aujourd'hui, j'ai envie de t'ouvrir à une autre hypothèse :

Et si on s'était trompé de présupposé depuis le début ?

Et si la solution n'était pas de trouver la bonne porte...

Mais d'apprendre à fermer les autres ?

III. Brûler ses bateaux

En 2002, Daniel Gilbert (psychologue à Harvard) et Jane Ebert mènent une expérience qui a le mérite de nous éclairer sur le mystère de comment être heureux à notre époque.

Des étudiants suivent un cours de photo.

À la fin, ils doivent garder une photo parmi leurs 2 préférées et laisser l'autre.

Résultat ?

(je pense que tu le vois venir...)

Ceux qui ne pouvaient pas revenir en arrière aimaient davantage leur photo que ceux qui pouvaient changer d'avis.

ET POURTANT...

Quand on demande aux participants quelle situation ils préfèrent, la majorité choisit de pouvoir changer d'avis.

Encore une fois ce comportement humain bizarre :

On veut garder les portes ouvertes alors que ce sont les portes fermées qui nous rendent heureux.

Et il ne faut pas chercher bien loin pour expliquer tout ça.

Le gain de satisfaction n'est lié qu'à une seule chose : la réduction de l'entropie.

Une fois la porte fermée, ton cerveau arrête de comparer, de pondérer, d'analyser, de réfléchir.

Et il se met à faire ce qu'il fait de mieux : trouver de la valeur dans ce qu'il a.

Y'a quelques semaines, j'ai eu une discussion intéressante avec ma copine sur le sujet.

J'avais lu chez un thérapeute de couple qu'un des meilleurs modèles mentaux pour vivre une relation épanouie dans la durée était de se dire qu'on ne peut plus quitter la relation.

C'est con à dire en se laissant d'autres options ouvertes, beaucoup naviguent leur relation avec cette sensation latente de "au pire, si ça se dégrade, je trouverai quelqu'un d'autre.".

Cette sensation les empêche de faire les petits ajustements/réparations nécessaires quand, après une longue journée de travail, tu rentres fatigué et t'as juste envie de glisser dans ta soirée sans friction.

Pour illustrer ce modèle mental à ma copine, j'ai pris la métaphore de la maison.

Comment tu entretiendrais une maison dans laquelle tu vas vivre jusqu'à ta mort ?

Probablement pas en la laissant se dégrader jour après jour.

Bref, tu en prends soin parce que tu sais que tu vas y habiter pendant de longues années.

Une autre histoire illustre ce phénomène.

Une histoire que, à mon avis, tu connais bien.

Celle du conquistador espagnol Hernán Cortés.

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En 1519, il débarque sur la côte du Mexique, près de l’actuelle Veracruz, avec environ 500 hommes et 11 navires.

Son objectif est de conquérir l’Empire aztèque.

Sauf que ses troupes sont divisées.

Une partie de ses hommes reste fidèle au gouverneur de Cuba, Diego Velázquez, qui a révoqué la mission de Cortés au dernier moment.

Certains complotent pour voler un navire et se tailler à Cuba.

Cortés tranche et fait détruire sa flotte.

Il ne garde qu’un seul petit bateau.

Le message à ses hommes est clair : il n’y a plus de retour possible.

Soit on avance, soit on meurt tous ici.

Comme tu t'en doutes, Cortés et ses troupes marchent sur Tenochtitlan (la capitale aztèque) dans la foulée.

2 ans plus tard, en 1521, l’Empire tombe.

C'est de cette histoire qu'est née la fameuse phrase "brûler ses bateaux" pour illustrer la puissance titanesque de ressources allouées dans une seule direction.

Une fois les portes fermées, toute l'énergie part vers l'avant.

La solution est donc, à mon sens, de devenir expert dans l'art de fermer un maximum de portes possible.

C'était un skill déjà critique avant l'IA mais aujourd'hui ?

Ça devient vital.

Il existe plein de façons de fermer des portes.

Le but de cette vague n'est pas de toutes les voir en détail, mais en voici quelques-unes :

Tous ces mouvements reposent sur le même principe :

  1. Définir en amont ce qui est important pour toi...
  2. Puis ne pas laisser la société déplacer ces curseurs

C'est la seule façon de résister à la prolifération d'options et de vivre selon ta propre définition du succès.

Ok, récapitulons avant de passer à la conclusion.

On vit dans une société où tout est à portée de main et notre cerveau n'est pas programmé pour pondérer autant d'options.

Le résultat c'est qu'il plonge dans l'entropie psychique, se paralyse avant de choisir et s'insatisfait après avoir choisi.

Du fait de cette extrême difficulté de choix, on refuse tout simplement de choisir.

On vit dans une ambiguïté permanente, un pied dedans, un pied dehors, en culpabilisant de ne pas vivre la vie qu'on pourrait vivre.

Une des solutions, c'est de cultiver la capacité à fermer volontairement des portes.

Parce que personne ne le fera pour nous.

Conclusion :

À la fin du 19ème siècle, le sociologue Émile Durkheim constate quelque chose d'intéressant.

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Pendant des siècles, la société bornait nos désirs : ta classe, ta religion, ton village, ton métier fixaient ce que tu pouvais raisonnablement espérer.

Quand ces bornes disparaissent, le désir devient illimité.

Et un désir illimité ne peut, par définition, jamais être satisfait.

Plus on avance, plus la ligne d'arrivée recule.

Durkheim appelait ça le mal de l'infini.

C'est exactement ce dont souffre notre époque.

Les limites que nos grands-parents subissaient, plus personne ne nous les impose.

Alors si on veut retrouver une certaine stabilité psychique, du bonheur et de la satisfaction dans notre quotidien, on n'a pas le choix :

On doit réapprendre à borner nous-mêmes nos désirs.

Choisir notre territoire au lieu de le subir.

Puis voir toute la beauté de ce qu'on peut réaliser dessus.

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𝐓𝐮 𝐚𝐬 𝐚𝐢𝐦𝐞́ 𝐜𝐞 𝐩𝐨𝐬𝐭 ? 𝐉'𝐞𝐧 𝐞́𝐜𝐫𝐢𝐬 𝟑/𝐬𝐞𝐦𝐚𝐢𝐧𝐞 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐦𝐚 𝐧𝐞𝐰𝐬𝐥𝐞𝐭𝐭𝐞𝐫.
𝐂𝐥𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐢𝐜𝐢 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐫𝐞𝐣𝐨𝐢𝐧𝐝𝐫𝐞 (& 𝐫𝐞𝐜̧𝐨𝐢𝐭 𝐭𝐨𝐧 𝐊𝐢𝐭 𝐝𝐞 𝐏𝐞𝐫𝐟𝐨𝐫𝐦𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐨𝐟𝐟𝐞𝐫𝐭)

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