❂ Ideaverse

L'homme qui a tué la liberté

Pour comprendre la culture du travail dans laquelle on baigne aujourd'hui, il faut (comme souvent) regarder dans le rétroviseur historique.

Tout commença par un homme qui a choisi de chronométrer.

Cet homme, tu en as forcément déjà entendu parler.

Son nom ?

Frederick Winslow Taylor.

Ce type est né en 1856 de parents riches.

Plutôt que de devenir avocat comme son père (diplômé de Princeton) …

Taylor opte pour un emploi dans l'industrie manufacturière à Midvale Steel.

Très vite, il sera promu d'employé de bureau à machiniste …

Puis à contremaître de l'atelier d'usinage …

Et enfin, à ingénieur en chef.

Tout ça, avant d'avoir 30 ans.

Comme dirait mon grand-père :

« C'est pas la moitié d'un con. »

Mais il y a une chose qui tracassait vraiment Taylor :

Certains de ses collègues faisaient peu d'efforts.

Et il prenait ça comme un affront personnel.

Au fur et à mesure de son ascension dans la hiérarchie, il a décidé de réparer cette injustice.

Son but était simple :

Trouver le moyen de tirer le maximum de chaque travailleur.

Taylor utilise alors un chronomètre pour étudier l'efficacité des machines et de leurs opérateurs dans l'usine.

Il décompose chaque tâche en actions distinctes :

Puis mesurait le temps nécessaire pour accomplir l'action.

Pour lui, chaque action était une occasion de maximiser l'efficacité …

Et donc de faire économiser de l'argent à l'entreprise.

12 ans après, Taylor décide d'ouvrir sa société de conseil.

Son ambition ?

Mettre sa philosophie du management scientifique du travail à la portée du plus grand nombre.

Les entreprises se mettent alors à l'engager pour étudier leurs travailleurs et optimiser leurs flux de travail.

SAUF QUE.

Il y a un (léger) problème dans l'approche de Taylor.

Vraiment léger …

Il a notoirement :

Un chic type, en somme.

(un de ses clients, Bethlehem Steel, l'a même licencié après que ses recommandations n'aient pas entraîné d'augmentation de bénéfices ou d'efficacité)

Est-ce que ça a empêché Taylor de prêcher son évangile à qui voulait l'entendre ?

Hell no.

Il en faut plus pour l'arrêter le frère.

Ni une, ni deux, il enfile ses talents d'écrivain et de spécialiste du marketing …

Et PAF, on oublie le manque de fiabilité de ses données.

Il publie alors de nombreux ouvrages …

Se déplace dans toute l'Amérique pour diffuser ses idées …

Et séduit le secteur privé par la conviction que la mise en œuvre de son système de management était le seul obstacle à l'optimisation de l'efficacité.

Et on parle pas du pélo du coin.

Je te parle de personnalités influentes comme :

Drucker disait même :

« Darwin, Marx et Freud forment la trinité souvent citée comme les "créateurs du monde moderne". Marx serait éliminé et remplacé par Taylor s'il y avait une quelconque justice dans le monde. »

« Mais pourquoi tu nous racontes tout ça ? »

Ok, revenons dans le présent.

Qu'est-ce qu'il se passe aujourd'hui ?

L'économie mondiale porte encore les stigmates de cette approche (complètement truquée).

Aujourd'hui, ce ne sont plus les managers qui tiennent les chronomètres …

Mais souvent les plateformes technologiques sans visage qui font claquer le fouet numérique.

Comme le scanner de l'entrepôt d'Amazon ou le logiciel de facturation à l'heure de l'avocat.

Taylor a réussi la prouesse d'implanter cette idée selon laquelle ta productivité est reliée à ton temps de travail.

Sauf que …

On sait aujourd'hui que c'est faux.

Ces derniers temps, on a beaucoup parlé des mouvements visant à travailler moins.

Il existe :

Pendant ce temps-là …

Une étude de Stanford montre que la productivité horaire diminue fortement à partir de 50H par semaine.

Mais aussi que ceux qui travaillent 70H n'accomplissent pas plus que ceux qui travaillent 56H.

On a aussi l'étude de Raymond Van Zelst et Willard Kerr qui montre que le rythme idéal de travail est de 20H par semaine.

Le message de ces études est donc toujours le même :

Nous devrions travailler moins parce que nous pouvons produire le même nombre d'inputs en moins de temps.

Sauf qu'il y a un problème avec cette logique :

Elle présuppose toujours un objectif centré sur le travail.

Certes, travailler moins d'heures conduit à des niveaux de productivité plus élevés.

(dans presque toutes les expériences de réduction du temps de travail)

Mais écoute bien :

Nous ne devrions pas travailler moins parce que ça fait de nous de meilleurs travailleurs

Nous devrions travailler moins parce que ça fait de nous de meilleures personnes.

(elle pique celle-là)

Taylor pensait que notre raison d'être sur cette terre était de produire de la valeur économique.

Il considérait le capitalisme comme une religion.

Il décrivait même l'ouvrir sidérurgiste moyen comme :

« Si stupide et flegmatique qu'il ressemble plus à un bœuf dans sa composition mentale. »

Y'a ambiance.

Alors oui, c'est facile de se moquer de la vision du monde de Taylor.

Ça l'est moins de reconnaitre qu'on a tous — moi y compris — un soupçon de taylorisme dans notre façon de travailler aujourd'hui :

Bref, les 2 pieds dedans.

Le véritable avantage d'une réduction du temps de travail n'est pas tellement qu'elle nous donne de l'espace pour reprendre une activité secondaire …

Ou pour « recharger nos batteries » dans le but de retourner au travail.

Le véritable avantage est qu'il nous permet d'aller chercher nos enfants à l'école et de dîner plus souvent en famille.

Travailler moins fait de nous de meilleurs parents, partenaires, amis et voisins.

Cela nous donne l'espace nécessaire pour faire de l'exercice régulièrement, lire pour le plaisir et créer des œuvres d'art que personne n'a besoin de voir.

Sans surprise, selon l'OCDE, les pays où l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée est le plus grand correspondent aux pays où la satisfaction de la vie est la plus grande.

En d'autres termes :

Travailler moins nous permet d'être des versions plus complètes de nous-mêmes.

Avec une existence centrée sur le travail, on ne donne pas seulement le meilleur de nous-mêmes dans notre job …

On donne aussi le meilleur de notre énergie.

Pas étonnant qu'on ait envie que d'une chose à la fin de la journée :

Rien foutre devant Netflix.

(j'ai rien contre Netflix — que je n'ai pas allumé depuis 4 mois d'ailleurs — mais ça n'est pas là qu'on trouve un sens à nos vies)

Récemment, les progrès de l'IA nous donnent à nouveau l'occasion de faire les choses différemment.

Comme l'a déclaré Christopher Pissarides, économiste du travail et lauréat du prix Nobel :

« Nous pourrions accroître notre bien-être au travail et nous pourrions prendre plus de temps libre. Nous pourrions facilement passer à une semaine de quatre jours. »

Les essais de la semaine de 4 jours dans des pays comme l'Islande et le Royaume-Uni (ou dans des entreprises comme Microsoft) ont toute prouvé la même chose :

(données à l'appui)

Nous pouvons être aussi productifs, voire plus, en travaillant moins d'heures.

Plus intéressant que ces résultats encore, ce sont les réflexions des participants.

L'un d'entre eux déclare :

"Cette réduction du nombre d'heures de travail témoigne d'un plus grand respect de l'individu. Nous ne sommes pas seulement des machines qui travaillent... nous sommes des personnes avec des désirs et des vies privées, des familles et des hobbies"

Voilà pourquoi je porte et continuerais à porter dans les prochaines années le modèle de la Journée de 4H.

C'est simple :

On gagne (littéralement) sur tous les tableaux en l'adoptant.

Pour combattre un modèle installé depuis le 19ème siècle, bien évidemment, il faut avoir un minimum d'équipement.

Mais rassure-toi :

Tu es pile au bon endroit.

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𝐓𝐮 𝐚𝐬 𝐚𝐢𝐦𝐞́ 𝐜𝐞 𝐩𝐨𝐬𝐭 ? 𝐉'𝐞𝐧 𝐞́𝐜𝐫𝐢𝐬 𝟑/𝐬𝐞𝐦𝐚𝐢𝐧𝐞 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐦𝐚 𝐧𝐞𝐰𝐬𝐥𝐞𝐭𝐭𝐞𝐫.
𝐂𝐥𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐢𝐜𝐢 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐫𝐞𝐣𝐨𝐢𝐧𝐝𝐫𝐞 (& 𝐫𝐞𝐜̧𝐨𝐢𝐭 𝐭𝐨𝐧 𝐊𝐢𝐭 𝐝𝐞 𝐏𝐞𝐫𝐟𝐨𝐫𝐦𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐨𝐟𝐟𝐞𝐫𝐭)

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