Ce mystérieux tournoi de 1980 dont personne ne parle
1980, Santa Monica, Californie.

Dans les bureaux de la RAND Corporation, Robert Axelrod s'apprête à lancer un tournoi qui va bouleverser notre compréhension de la coopération humaine.
15 programmes informatiques vont s'affronter.
Chacun conçu par les meilleurs game theorists du monde.
Certains font 77 lignes de code — des algorithmes complexes, sophistiqués, agressifs.
D'autres sont plus simples.
Le plus simple de tous ?
4 lignes et une seule règle :
« Commence par coopérer puis copie exactement ce que l'autre a fait. »
Les résultats tombent quelques heures plus tard.
La stratégie la plus simple écrase toutes les autres.
Comment est-ce possible ?
Pourquoi une stratégie aussi simple fonctionne ?
Et surtout, qu’est-ce que ça révèle sur comment construire des relations qui enrichissent notre vie à tous les niveaux ?
Dans cette nouvelle édition, on va découvrir :
- Pourquoi le Dilemme du Prisonnier explique 90% de tes dynamiques relationnelles (business, amitié, amour)
- La stratégie « Tit for Tat » qui a gagné tous les tournois — et comment l'appliquer dans ta vie
- Les 4 principes qui font qu'une stratégie domine à long terme (et comment les incarner)
- Comment transformer tes relations en systèmes gagnant-gagnant (sans être naïf)
- Pourquoi comprendre ce modèle mental te donne un edge stratégique massif sur le monde
Installe-toi confortablement.
Fais toi couler un bon kawa.
Branche tes écouteurs.
Tu connais la chanson.
Feu.
On traite la vie comme un champ de bataille.
Business, productivité, relations — on pense que tout est compétition pure.
Qu'il faut écraser l'autre pour gagner.
Que chaque interaction est un jeu à somme nulle :
Si tu gagnes, je perds.
Si je perds, tu gagnes.
Cette mentalité se propage comme un virus :
- Nos négociations deviennent des guerres d'usure
- Nos collaborations se transforment en rapports de force
- Nos relations s'épuisent dans la méfiance permanente
On optimise nos actions sans jamais comprendre les dynamiques humaines sous-jacentes.
On maîtrise les outils mais on rate l'essentiel :
Comment les êtres humains prennent des décisions face à la coopération ou la trahison.
Pourtant, la capacité à naviguer les dynamiques sociales est notre levier le plus puissant.
- Plus puissant que nos systèmes
- Plus puissant que notre productivité
- Plus puissant que nos compétences techniques
La qualité de notre vie dépend de la qualité de nos relations.
- Nos partenariats business
- Nos collaborations créatives
- Nos amitiés profondes
- Nos dynamiques familiales
Tout commence par ta compréhension de l'humain.
Comprendre l'humain n’est pas soft skill facultatif.
C'est le hard skill ultime — celui qui débloque tous les autres.
Tu peux maîtriser tous les frameworks de productivité du monde…
Si tu ne comprends pas comment créer des dynamiques gagnant-gagnant…
Tu passes à côté de 80% de ton potentiel d'impact.
Et ça, ça me fait pas plaisir.
Alors remédions-y.
I. Un Contexte de Course à l'Armement Nucléaire
Septembre 1949.
Alors qu’un avion américain collecte des échantillons d'air au-dessus du Japon, il détecte des traces radioactives.
Cérium-141. Yttrium-91.
Des isotopes avec une demi-vie de quelques mois seulement.
La conclusion ne tarde pas à arriver :
Il y a forcément eu une explosion nucléaire récente.
Sauf que…
Les États-Unis n'ont fait aucun test cette année.
Seule explication possible :
L'Union Soviétique vient de réussir à créer la bombe nucléaire.
Le monopole américain sur l'arme nucléaire vient de s'effondrer.
Certains militaires américains proposent alors une solution radicale :
Frapper préventivement l'URSS pendant qu'ils sont encore en avance.
John von Neumann, fondateur de la Théorie des Jeux, déclare :
« Si vous dites pourquoi pas les bombarder demain, je dis pourquoi pas aujourd'hui ? Si vous dites aujourd'hui à 17h, je dis pourquoi pas à 13h ? »
En clair, si l'ennemi (l'URSS) est une menace existentielle et qu'une frappe préventive est envisagée, pourquoi attendre ?
Quelque chose doit être fait.
Mais quoi ?
En 1950, la RAND Corporation — un think tank américain — décide alors d’étudier cette question en utilisant la Théorie des Jeux.
Deux mathématiciens inventent un nouveau jeu.
Un jeu qui, sans qu'ils le sachent, modélise parfaitement le conflit USA-URSS.
Ce jeu ?
Le Dilemme du Prisonnier.
II. Une Matrice Fascinante
Ok, imagine :
Un banquier avec un coffre rempli de pièces d'or t'invite, toi et un autre joueur, à jouer l'un contre l'autre
Vous avez chacun 2 choix.
Coopérer ou Trahir.
La matrice des gains ressemble à ça :

- Si vous coopérez tous les deux → 3 pièces chacun
- Si tu trahis et l'autre coopère → 5 pièces pour toi, 0 pour lui
- Si vous trahissez tous les deux → 1 pièce chacun
Le but du jeu est simple :
Obtenir le maximum de pièces.
Qu’est-ce que tu ferais ?
Peut-être que tu commences à capter la complexité du bordel.
Mais si ça n’est pas le cas, laisse-moi l’expliciter.
Prenons le cas de figure 1 où ton adversaire coopère.
Tu peux alors soit coopérer (3 pièces), soit trahir (5 pièces).
Dans ce premier scénario, mieux vaut donc trahir.
Prenons le cas de figure 2 où ton adversaire trahit.
Tu peux alors soit coopérer (0 pièce), soit trahir (1 pièce).
Dans ce second scénario, encore une fois, mieux vaut trahir.
Et c’est bien le dilemme :
Peu importe ce que fait l'autre, ta meilleure option est toujours de trahir.
Si ton adversaire est rationnel, il arrivera à la même conclusion.
Résultat ?
Vous trahissez tous les deux.
Vous obtenez 1 pièce chacun… alors que vous auriez pu en obtenir 3.
C'est le piège du Dilemme du Prisonnier.
Quand chacun agit dans son intérêt individuel, tout le monde finit dans une situation sous-optimale.
III. L'Application au Monde Réel
Le truc fascinant avec ce dilemme, c’est qu’une fois qu’on l’a compris, on le voit partout.
Par exemple, dans la guerre froide.

USA et URSS développent chacun des dizaines de milliers d'armes nucléaires — assez pour se détruire mutuellement plusieurs fois.
Les deux pays dépensent collectivement 10 000 milliards de dollars pour des armes qui personne ne peut utiliser sous peine de détruire notre monde.
Résultat : des pertes d’argents colossales pour de la dissuasion qui aurait pu être évitée.
Les deux auraient été mieux lotis en coopérant et en n'investissant pas dans cette course.
Mais puisque chacun a agi dans son intérêt, les deux ont fini par perdre.
On observe également ce dilemme dans la nature.

Les impalas d'Afrique attrapent des tiques qui peuvent causer maladies, paralysie et mort.
Nice.
Ils doivent se toiletter mutuellement pour survivre.
Mais toiletter un autre coûte en salive, en électrolytes, en temps et en attention.
Sous le soleil africain et avec des prédateurs à proximité, ces ressources sont vitales.
Elles font alors face à un dilemme :
- Coopérer (se toiletter mutuellement)
- Ou trahir (se faire toiletter et ne pas toiletter en retour)
Si l'interaction n'a lieu qu'une fois, la solution rationnelle est de trahir.
Mais voilà le twist.
La plupart des problèmes ne sont pas un Dilemme du Prisonnier unique.
Ils sont répétés.
Les impalas se voient jour après jour.
Et si je trahis maintenant, mon adversaire le saura — et pourra l'utiliser contre moi dans le futur.
Ce qui, comme on va le voir, change tout.
IV. Les Tournois d'Axelrod
Ok donc, revenons en 1980.
Robert Axelrod, politologue, veut répondre à une question :
Quelle est la meilleure stratégie dans un Dilemme du Prisonnier répété ?
(ici, le mot « répété » est capital — et c’est le cas de figure qui nous intéresse parce que c’est celui qui est le plus directement applicable à nos vies)
Il organise un tournoi informatique.
Il invite les meilleurs game theorists du monde à soumettre des programmes — des « stratégies » — qui s'affronteront les unes contre les autres.
Règles :
- Chaque stratégie affronte toutes les autres
- Chaque match dure 200 rounds (en moyenne)
- Le nombre de rounds n'est pas connu à l'avance (important, ça empêche de trahir systématiquement au dernier round)
But : maximiser son score total
15 stratégies sont soumises.
Certaines sont agressives, comme par exemple :
- Friedman : Coopère au début mais si l'adversaire trahit une seule fois, il trahit pour le reste du jeu. Aucune pitié
- Joss : Copie l'adversaire mais trahit aléatoirement 10% du temps pour tester s'il peut exploiter l'autre
- Graaskamp : Copie l'adversaire mais trahit au 50ème round pour « sonder » la stratégie adverse
D'autres sont complexes :
- Name Withheld : 77 lignes de code. Algorithme élaboré, opaque, difficile à décoder
Et puis il y a la plus simple de toutes :
- Tit for Tat (Œil pour Œil)
4 lignes de code et une seule règle :
« Commence par coopérer puis copie exactement ce que l’adversaire a fait au tour précédent. »
Si l'autre coopère → coopère.
Si l'autre trahit → trahit.
Puis si l'autre revient à la coopération → reviens aussi.
Les résultats tombent.
Tit for Tat écrase tout.
Et ce, pour une raison simple :
Cette stratégie regroupe 4 principes gagnants.
V. Les 4 Principes des Stratégies Gagnantes
Axelrod analyse les résultats.
Il découvre que toutes les stratégies performantes partagent 4 qualités.
1. Gentillesse (Nice)
Elles ne trahissent jamais en premier.
Sur les 15 stratégies, 8 sont « gentilles » et 7 sont « agressives ».
Lis bien :
Le top 8 est entièrement composé de stratégies gentilles.
Même la pire stratégie gentille surpasse la meilleure stratégie agressive.
Leçon 1 :
Être le premier à trahir ne paie pas à long terme.
2. Pardon (Forgiving)
Elles ripostent quand l'autre trahit mais ne gardent pas rancune.
Tit for Tat rattaque immédiatement mais passe l’éponge dès que l'autre revient à la coopération en coopérant à nouveau.
Friedman, au contraire, est impitoyable : une seule trahison = trahison éternelle.
Résultat : Friedman performe mal.
Pourquoi ?
Parce qu'il déclenche des spirales de vengeance irréversibles.
Leçon 2 :
Le pardon stratégique débloque la coopération future.
3. Réactivité (Provocable)
Elles ripostent immédiatement quand trahies.
Les stratégies « Always Cooperate » (toujours coopérer) sont vues comme des paillassons.
Facile à exploiter.
Performance catastrophique.
(cette donnée devrait t’intéresser si tu es un People Pleaser)
Tit for Tat, au contraire, est impossible à exploiter :
Trahis-moi et je te trahis immédiatement.
Leçon 3 :
Ne sois pas un paillasson. Défends-toi.
4. Clarté (Clear)
Elles sont prévisibles.
L'adversaire peut comprendre leur fonctionnement.
Name Withheld (77 lignes) est opaque, aléatoire et impossible à décoder.
Les autres stratégies ne peuvent pas établir de coopération avec elle.
Donc elles finissent par la traiter comme un adversaire imprévisible → trahison par défaut.
Tit for Tat, au contraire, est limpide.
Après quelques rounds, l'adversaire comprend :
« Si je coopère, elle coopère. Si je trahis, elle trahit. »
La clarté crée la confiance.
Leçon 4 :
Sois transparent dans tes règles du jeu.
VI. Le 2nd Tournoi
Axelrod publie les résultats puis annonce un second tournoi.
Cette fois, 62 stratégies.
Deux camps se forment :
- Ceux qui ont compris : ils soumettent des stratégies gentilles et pardonnantes
- Ceux qui pensent pouvoir exploiter les gentils : ils soumettent des stratégies agressives
Résultat ?
Tit for Tat gagne à nouveau.
Les stratégies agressives échouent encore plus que dans le premier tournoi.
Dans le top 15, on ne retrouve qu’une seule stratégie agressive.
Dans le bottom 15, on ne retrouve qu’une seule stratégie gentille.
Le pattern est confirmé.
VII. Le Test Ultime de la Simulation Évolutionnaire
Axelrod va alors plus loin.
Il lance une simulation où les stratégies performantes se multiplient (comme dans l'évolution) et les mauvaises disparaissent.
Génération après génération.
Les stratégies agressives explosent au début en exploitant les faibles.
Mais dès que les faibles disparaissent, les agressives n'ont plus personne à exploiter.
Elles s'effondrent.
Après 1000 générations, seules les stratégies gentilles ont survécu.
Toutes les stratégies agressives sont mortes.
Tit for Tat devient « l’espèce » dominante avec 14,5% de la population totale.
(les autres stratégies gentilles se partageant le 85,5% restants)
C’est insane.
Je ne sais pas si tu réalises les implications concrètes de cette conclusion :
La coopération émerge naturellement dans un monde de joueurs égoïstes.
Pas besoin d'altruisme.
Pas besoin de morale.
Juste de la rationalité à long terme.
Ça me fume.
VIII. Tit for Tat dans ton quotidien
Si on s’amuse à demander à l’IA des exemples de Tit for Tat dans notre quotidien de Starter, voici ce qu’elle propose :
- Tu rencontres un nouveau créateur lors d'un event → tu partages spontanément une ressource utile sans rien attendre (gentillesse - premier pas positif)
- Un partenaire respecte tous ses engagements depuis 6 mois → tu lui proposes un projet plus ambitieux avec une meilleure rémunération (coopération continue)
- Un client te ghoste après livraison → tu arrêtes de relancer et tu archives le contact (riposte)
- Ton graphiste livre toujours en avance avec de la qualité → tu le payes mieux et tu le recommandes à ton réseau (récompense de la coopération)
- Un membre de ta communauté pose des questions engagées et partage ton contenu → tu prends le temps de lui répondre en détail en DM (réciprocité)
- Un collaborateur te laisse tomber en plein lancement → tu gères seul et tu ne le recontactes plus (riposte) — Il revient un an plus tard, assume son erreur et propose de compenser → tu acceptes une petite collaboration test (pardon)
- Dès le début d'un partenariat, tu poses tes conditions par écrit → délais, attentes, limites claires (clarté)
- Un concurrent te copie sans attribution → tu publies un post sur le plagiat (riposte) — Il s'excuse publiquement et te crédite → tu retires ton post (pardon)
- Quelqu'un te recommande spontanément à son audience → tu fais pareil la semaine suivante (coopération réciproque)
- Un prestataire livre un travail bâclé → tu refuses de payer le complément (riposte) — Il refait le travail gratuitement et livre de la qualité ensuite → tu continues la collaboration et tu augmentes même son tarif 6 mois plus tard (pardon + récompense)
Bref, t’as compris l’idée :
- Commence par coopérer
- Copie ce que ton interlocuteur a fait au tour précédent
- Pardonne s’il se reprend
La vie n'est pas un jeu à somme nulle.
Ce n'est pas « toi OU moi ».
C'est « toi ET moi ».
Les plus grandes victoires viennent de la création de valeur partagée.
IX. Conclusion
Prends une feuille.
Liste 3 relations clés dans ta vie.
- Un partenaire business
- Un ami proche
- Un membre de ta famille
Pour chacune, demande-toi :
- Est-ce que je joue en mode court terme ou long terme avec cette personne ?
- Est-ce que j'applique les 4 principes — gentillesse, pardon, réactivité, clarté ?
- Ou est-ce que je suis coincé dans une spirale de vengeance ou d'exploitation ?
La coopération n'est pas une faiblesse.
C'est l'arme secrète des stratèges.
Le Dilemme du Prisonnier n'est pas qu'un concept de game theory.
C'est un modèle mental qui te permet de naviguer le monde avec plus de clarté.
Plus de stratégie.
Plus d'impact.
Tout commence par la compréhension de l’humain.
Mon but avec cette vague était de t’en livrer une partie supplémentaire.
En espérant que ça t’ait intéressé autant que ce que ça me passionne.
Je file en Deep Work.
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𝐓𝐮 𝐚𝐬 𝐚𝐢𝐦𝐞́ 𝐜𝐞 𝐩𝐨𝐬𝐭 ? 𝐉'𝐞𝐧 𝐞́𝐜𝐫𝐢𝐬 𝟑/𝐬𝐞𝐦𝐚𝐢𝐧𝐞 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐦𝐚 𝐧𝐞𝐰𝐬𝐥𝐞𝐭𝐭𝐞𝐫.
𝐂𝐥𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐢𝐜𝐢 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐫𝐞𝐣𝐨𝐢𝐧𝐝𝐫𝐞 (& 𝐫𝐞𝐜̧𝐨𝐢𝐭 𝐭𝐨𝐧 𝐊𝐢𝐭 𝐝𝐞 𝐏𝐞𝐫𝐟𝐨𝐫𝐦𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐨𝐟𝐟𝐞𝐫𝐭)