❂ Ideaverse

Comment réparer un cerveau cramé

Vague rédigée sans IA en 76 minutes depuis ma terrasse après une marche matinale les pieds dans le sable~

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Ça fait maintenant 6 mois qu'une idée revient en boucle dans ma tête.

Globalement depuis que j'ai commencé mon Deep Dive IA et que j'observe comment les gens s'en servent autour de moi.

Cette idée revient sous forme différente, très fréquemment à l'occasion de discussions entre potes et toujours avec la même intuition de fond :

Tôt ou tard, l'humanité va finir par avoir besoin de salles d'entraînement cognitif.

Ces salles d'entraînement cognitif pourraient être au cerveau ce que les salles d'entraînement physique sont au corps.

Des espaces où on pourrait entraîner notre capacité à lire, réfléchir, mémoriser, argumenter et soutenir notre attention avec la même intention qu'on entraîne aujourd'hui notre force ou notre cardio.

Ça peut sembler un peu perché dit comme ça.

(même si l'idée fait petit à petit sa place au sein du débat public)

Mais si on prend de la hauteur sur ce qui est en train de se passer, ça n'est pas si débile que ça.

Depuis l'arrivée de l'IA générative, on peut tout déléguer en quelques secondes :

L'opportunité que nous ouvre cette abondance d'intelligence est sans précédent.

Notamment quand il s'agit de travailler moins, d'accomplir plus et de vivre intensément.

(coucou la Journée de 2H)

Mais cette opportunité recèle aussi un piège dont j'ai souvent parlé dans la TDS (notamment dans cette vidéo et cette vidéo) :

Celui de l'Atrophie Cognitive.

Long story short:

Il y a des actions que l'on gagne à déléguer à l'IA et d'autres qu'on devrait toujours préférer ne pas déléguer (selon des critères parfois objectifs et souvent subjectifs que tu découvriras dans ces vidéos).

Le problème civilisationnel est que cette retenue est difficile à cultiver.

Et il n'y a rien de nouveau là-dedans.

Le challenge humain de l'auto-régulation des désirs est une problématique vieille comme le monde.

La fameuse tempérance.

J'en parle dans cette vague.

Gardons en tête que chaque fonction cognitive qu'on délègue cesse aussi momentanément d'être entraînée.

Et ça n'est pas problématique pour certaines fonctions cognitives (aujourd'hui on utilise une calculatrice et la civilisation ne s'est toujours pas effondrée)...

Mais quand cette délégation devient notre réflexe par défaut, le risque change de dimension.

On ne se sert plus seulement d'un outil pour amplifier notre pensée.

On prend progressivement l'habitude de contourner l'effort qui la construit.

Avant même de remplacer certains métiers, j'ai l'impression que l'IA commence donc à fracturer quelque chose de plus intime :

Notre capacité d'attention.

Notre aptitude à rester face à une idée assez longtemps pour qu'elle nous transforme.

Face à ce risque cognitif, on a ~3 solutions :

  1. Refuser l'IA ; aka. se condamner en voulant vivre contre le monde et l'observer passivement nous retirer de la société (l'équivalent de vivre sans téléphone, voiture ou internet aujourd'hui).
  2. Intégrer l'IA frénétiquement ; aka. sacrifier son cerveau sur l'autel de la technologie et finir, tôt ou tard, par payer une lourde facture.
  3. Intégrer l'IA intentionnellement ; adopter une approche "état liquide" en s'adaptant au changement, en se réinventant, en vivant dans ce monde mais ce, en le faisant selon nos propres termes, nos propres conditions, nos propres limites libératrices, nos propres rituels.

Si tu lis ces lignes, il y a de fortes chances que tu vises la 3ème solution.

Cette 3ème voie, elle ne s'atteint pas de façon linéaire mais de façon itérative.

  1. On intègre intentionnellement un pan d'IA dans notre vie
  2. On teste
  3. On vérifie que nos capacités cognitives ne sont pas impactées et, si et seulement si ça n'est pas le cas...
  4. On intègre intentionnellement un nouveau pan d'IA dans notre vie
  5. ...

Et peut-être qu'en lisant ces lignes tu entreperçois déjà le problème :

Comment vérifier si nos capacités cognitives sont impactées ?

Parce que c'est bien le truc vicieux dans ce lent process de dégradation cognitive :

On ne sait même pas vraiment mesurer l'état des dégâts.

Mais comment ça se passe pour notre cerveau ?

On se contente généralement de dire qu'on devrait moins toucher notre téléphone, lire davantage ou faire une petite détox digitale le dimanche.

Le tout sans savoir d'où on part, ce qu'on cherche à améliorer ou si on progresse réellement.

Alors rassure-toi, il pourrait y avoir un début de solution.

La semaine dernière, je suis tombé sur un épisode de podcast de Cal Newport.

Tu connais sûrement le bonhomme.

C'est le mec derrière Deep Work et l'un des penseurs qui travaille le plus sérieusement sur notre capacité à vivre une vie profonde dans un monde construit pour nous distraire.

Dans cet épisode, il part d'un article publié dans The Chronicle of Higher Education.

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Une professeure raconte avoir donné à ses étudiants un article de 20 pages.

Le même type de texte qu'elle donnait depuis 5 ans.

Sauf que cette fois, aucun étudiant ne l'a terminé.

Quand elle leur demande pourquoi, une élève lui répond honnêtement que le texte était trop long et qu'elle perdait constamment le fil.

Notre premier réflexe face à ce genre d'histoire consiste souvent à nous inquiéter (avec un soupçon de supériorité) pour cette nouvelle génération qui n'est même plus capable de lire 20 pages.

Mais la vraie question à se poser, celle qui est beaucoup plus inconfortable, c'est :

Est-ce que toi, tu peux encore lire ces 20 pages ?

Sans ouvrir un autre onglet, sans regarder ton téléphone, sans demander à ChatGPT de te faire un résumé ?

C'est suite à ce questionnement que Cal a développé une série de Cognitive Key Performance Indicators.

Des indicateurs de performance cognitive dont le but est d'évaluer l'état de santé générale de ta machine cognitive.

Des sortes de KPI pour ton cerveau quoi.

Comme pour l'entraînement physique, l'idée est simple :

  1. Mesurer ton niveau actuel
  2. Identifier le niveau supérieur
  3. Entraîner précisément la capacité qui te sépare de lui

Pour ça, il propose 3 tests.

Et pour chacun, il utilise la même échelle :

  1. Brain Rotted (cerveau cramé)
  2. Distractable (distractible)
  3. Pre-2012 Average (niveau moyen d'avant la crise du smartphone)
  4. Impressive (impressionnant)
  5. Cognitive Weapon (arme cognitive)

Le dernier niveau est volontairement extrême.

Cal l'incarne à chaque fois par une personne qui a poussé cette capacité jusqu'à une limite presque absurde.

C'est ce que je vais prendre le temps de te présenter dans cette vague matinale, fraîchement installé sur ma terrasse (après une petite marche au bord de l'océan), café à la main.

I. L'Endurance de Lecture (Reading Endurance)

Le premier test mesure le nombre maximal de minutes pendant lesquelles tu peux lire confortablement un livre de non-fiction conceptuelle sans changer de contexte.

Le choix du texte compte.

Il doit contenir des idées, des concepts ou des arguments qui te demandent un effort de compréhension mais il doit rester à ta portée.

Prendre Être et Temps de Heidegger sans rien connaître à la philosophie allemande ne te donnera aucune information utile sur ton attention.

Une fois le livre choisi :

Ton score correspond au nombre de minutes atteint.

Voici l'échelle proposée par Cal Newport :

Oui.

1 livre par jour.

Et si tu te demandes si c'est vraiment possible, sache qu'un mec l'a déjà fait.

Ce mec, c'est Theodore Roosevelt.

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Roosevelt pouvait lire un livre entier quotidiennement, y compris pendant ses années à la Maison-Blanche.

En pleine campagne présidentielle de 1900, son agenda mentionne 6 sessions de lecture dans la même journée pour un total de 4H30.

Il lisait également en allemand, en français, en italien et en latin.

Le mec était en campagne pour devenir président des États-Unis et trouvait quand même 4H30 pour lire.

Nous, on ouvre Instagram parce qu'un paragraphe fait 12 lignes.

Prendre un peu de hauteur fait toujours du bien.

II. Le Contrôle de la Contemplation (Contemplation Control)

Choisis un problème personnel ou professionnel sur lequel tu veux avancer.

Puis pars marcher.

Pendant ta marche, essaie de faire progresser ce problème uniquement dans ta tête.

Spoiler alert : ton esprit va partir ailleurs et c'est normal.

Le chrono continue tant que tu arrives à ramener ton attention vers le problème et à produire de nouvelles idées.

Tu l'arrêtes quand ton esprit devient trop dispersé pour avancer.

Cal appelle cette pratique la méditation productive.

Et voici son échelle :

6 à 8H de réflexion en marchant.

Qui était capable de faire ça ?

Friedrich Nietzsche.

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Nietzsche écrivait :

« Je marchais 6 ou 8H par jour en composant des pensées que je couchais ensuite sur le papier. »

Cette pratique nous pousse à maintenir nous-mêmes le fil, à retenir les éléments déjà produits, à créer des connexions et à repousser les distractions.

La méditation productive est une séance de tractions pour l'esprit.

Elle est inconfortable précisément parce qu'elle sollicite le muscle qu'on laisse de plus en plus dormir au fil des décennies.

III. La Persuasion Écrite (Written Persuasiveness)

Le 3ème test est celui que Cal considère comme le plus menacé par l'IA.

Commence par choisir une position controversée à laquelle tu crois.

Une idée sur laquelle plusieurs points de vue raisonnables peuvent s'opposer.

Puis défends-la par écrit.

La qualité de ton texte détermine ton niveau :

(ça me fait penser à cette dissertation d'économie que j'ai dû écrire à la main en 3H sur un sujet aléatoirement choisi pour mon concours d'entrée à Sciences Po ; ce genre d'exercice paraît si loin aujourd'hui)

Pour incarner le dernier niveau, Cal choisit Rachel Carson.

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En 1962, elle publie Silent Spring et son argumentation sur les effets destructeurs des pesticides va contribuer à faire émerger le mouvement environnemental moderne.

Son livre influence la création de l'Agence américaine de protection de l'environnement, la première Journée de la Terre en 1970 et l'interdiction du DDT en 1972.

Donc son texte n'a pas simplement convaincu quelques lecteurs, il a modifié la façon dont un pays entier définissait son rapport à l'environnement.

Ça, c'est une arme cognitive.

On parle beaucoup des erreurs produites par les intelligences artificielles.

Des hallucinations, des biais, de la dépendance aux plateformes, etc.

Mais je pense qu'un danger plus silencieux se joue dans l'espace temporel entre nos questions et leur réponse.

L'effort cognitif durable qu'on ne produit plus devient invisible.

Quand une IA résume un livre, on économise du temps.

Quand elle résout un problème, on économise de la friction.

Quand elle écrit un argument, on économise de l'énergie.

Et cette économie est souvent profondément utile.

Mais si on ne réinvestit jamais une partie de ce temps dans un effort cognitif volontaire (le concept clé de cette vague), on organise progressivement notre propre désentraînement.

Une voiture nous permet d'aller beaucoup plus loin qu'à pied.

Personne n'en conclut que nos jambes n'ont plus besoin d'être entraînées.

Ce qui se passe, c'est qu'on conduit pour se déplacer puis on court volontairement sur un tapis qui ne mène nulle part.

Pourquoi ?

Parce qu'on a compris que la fonction utilitaire du mouvement et l'entraînement du corps sont 2 choses différentes.

Avec l'IA, on va devoir adopter la même approche pour notre cerveau.

  1. Choisir selon un set de critères les actions que l'on accepte de déléguer
  2. Déléguer à une intelligence externe pour accomplir davantage en moins de temps
  3. Puis entretenir volontairement notre intelligence interne pour rester capable de penser

Voilà à quoi pourrait ressembler une salle d'entraînement cognitif.

Probablement à quelque chose de profondément chiant à regarder sur Instagram.

Et des êtres humains en train de lutter volontairement contre leur envie de fuir.

À partir du modèle de Cal Newport, voici un plan simple en 3 mouvements que tu peux appliquer dès cette semaine.

1/ Mesure ton point de départ

Fais les 3 tests cette semaine et note tes scores dans ton Second Cerveau.

L'ego déteste les données mais les données permettent de progresser.

2/ Choisis 1 seul muscle cognitif

N'essaie pas de tout réparer d'un coup.

Choisis le KPI qui te semble le plus faible ou le plus important pour ta vie actuelle.

Puis entraîne-le spécifiquement :

L'objectif consiste à toucher régulièrement la limite sans transformer chaque séance en torture.

Comme en musculation, tu cherches une surcharge progressive.

3/ Mesure à nouveau

Refais le test après quelques semaines.

Si ton score monte, ton entraînement fonctionne.

S'il stagne, change la difficulté, la fréquence ou la méthode.

Le principe central est simple à comprendre :

On améliore une capacité cognitive en entraînant précisément cette capacité.

Passer son téléphone en noir et blanc ne t'apprendra pas à soutenir une argumentation complexe.

Faire une détox digitale de 24H ne t'apprendra pas à réfléchir pendant 30 minutes en marchant.

Dire que tu aimerais lire davantage ne renforcera pas ton endurance de lecture.

Il faut pratiquer, mesurer, progresser et recommencer.

Pour finir, je ne crois pas que le futur appartienne aux personnes qui refusent l'IA.

Loin de là.

Je crois qu'il appartiendra aux personnes capables de l'utiliser intensément tout en protégeant les fonctions cognitives qui leur permettent de la diriger.

Une IA puissante entre les mains d'un esprit incapable de lire, contempler ou argumenter reste dirigée par quelqu'un qui ne sait plus évaluer ce qu'il produit, ni pourquoi il le produit.

Et ça, ça devrait légèrement nous inquiéter.

L'enjeu dépasse largement la productivité.

Il touche à notre souveraineté.

À notre capacité à comprendre une idée sans résumé, à rester seul avec un problème sans anesthésier le silence, à défendre une position sans louer notre pensée à une machine.

La prochaine frontière du développement personnel sera peut-être la condition physique de notre cerveau.

Dis-moi par quel test tu vas commencer cette semaine.

Et n'hésite pas à me partager tes scores en répondant à cette vague.

Tu commences à comprendre que c'est toujours un plaisir pour moi d'avancer avec toi dans cette quête de construction d'une vie d'absolue abondance.

Je file bosser sur le Projet A™.

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𝐓𝐮 𝐚𝐬 𝐚𝐢𝐦𝐞́ 𝐜𝐞 𝐩𝐨𝐬𝐭 ? 𝐉'𝐞𝐧 𝐞́𝐜𝐫𝐢𝐬 𝟑/𝐬𝐞𝐦𝐚𝐢𝐧𝐞 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐦𝐚 𝐧𝐞𝐰𝐬𝐥𝐞𝐭𝐭𝐞𝐫.
𝐂𝐥𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐢𝐜𝐢 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐫𝐞𝐣𝐨𝐢𝐧𝐝𝐫𝐞 (& 𝐫𝐞𝐜̧𝐨𝐢𝐭 𝐭𝐨𝐧 𝐊𝐢𝐭 𝐝𝐞 𝐏𝐞𝐫𝐟𝐨𝐫𝐦𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐨𝐟𝐟𝐞𝐫𝐭)

#Concentration #Neurosciences #Productivité