Apprendre quand on ne peut pas pratiquer
Lisons ensemble la passionnante théorie de l’économiste Tyler Cowen.
Quand on lui pose la question :
"Pourquoi on n’a pas vu venir le Coco ?" (épidémie mondiale qui nous a frappés en 2019)
Il répond :
On devient bon dans quelque chose quand on fait des tentatives répétées avec du feedback rapide. À force de pratique, on peut devenir assez bon dans le tir au panier de basket. Mais pour certaines autres décisions, on n’a qu’une seule chance. Une des raisons pour lesquelles la Corée du Sud, Hong Kong et Taiwan ont tellement mieux géré le Coco est qu’ils ont récemment eu le SARS et le H1N1 pour gagner en expérience."
Mettons de côté cette histoire de pandémie pour nous concentrer sur les modèles mentaux sous-jacents à cette phrase.
C’est une véritable leçon d’apprentissage.
Regardons ça ensemble.
Voici comment on apprend généralement de nos propres vies :
- On fait une erreur.
- On apprend à la corriger.
- On essaie de ne plus la reproduire.
Si tu fais partie de ce genre de personnes, c’est déjà une bonne chose.
Certaines personnes répètent les mêmes erreurs en boucle toute leur vie sans même s’en rendre compte.
(d’où l’importance d’analyser chaque soir ce qu’il s’est passé dans notre journée et en tirer des leçons)
Mais parfois, ça ne suffit pas.
Pourquoi ?
Parce que dans certaines situations, on n’a pas l’opportunité de réessayer après s’être planté.
Quelques exemples parlants :
- Choisir ses études
- Élever ses enfants
- Créer une bonne relation avec son partenaire
- Choisir où investir son argent pour la retraite
Dans tous ces cas, on a rarement le luxe de pouvoir réessayer.
Si tu rates l’éducation de tes enfants, l’erreur n’est plus corrigeable — une partie de ton éducation les suivra à vie.
Si tu brises quelque chose dans ta relation, l’erreur n’est plus corrigeable — une partie restera brisée à jamais.
Si tu investis mal ton argent pour la retraite, l’erreur n’est plus corrigeable — puisque tu le réalises une fois que tu es à la retraite.
En clair, dans ce type de situation, une fois que l’on a du feedback, il est généralement trop tard pour corriger notre erreur.
Ce qui me conduit au sujet de ce post.
Il existe 2 manières d’apprendre.
1. La Pratique Délibérée.
C’est pratiquer une compétence pendant des heures avec un feedback rapide.
Le feedback est la code source de l'apprentissage pour l'être humain.
En neurosciences, on sait que l'être humain fonctionne via le Paradigme de Feedback Control.
C'est de la Cognition Située et Incarnée pure et dure — qui succède au modèle de la Cognition Symbolique.
Ne t'attarde pas sur les termes, on s'en fout.
Ce que ça veut dire concrètement, c'est qu'on essaie d'atteindre notre objectif en réduisant la distance entre la situation présente (perception) et la situation désirée (objectif) en exécutant une action.
Si le résultat de l'action est perçu comme insuffisant, une autre action est conduite pour à nouveau réduire le gap entre la situation présente et la désirée.
Et ainsi de suite jusqu'à que l'on soit satisfait.
Par exemple :
- Mettre des paniers de basket.
- Jouer de la musique.
- Surfer.
2. Les modèles mentaux.
C’est l’apprentissage par analogie à l’expérience d’autres personnes.
Et cette modalité d'apprentissage est parfaite pour apprendre quand la pratique directe est difficile.
Par exemple :
- Les grandes décisions de vie.
- Le choix dans sa stratégie de business.
- Les 4 exemples cités au début de ce post.
On va alors se référer à des modèles théoriques qui vont nous aider dans nos décisions.
Par exemple celui-là.
Ou celui-là.
L’erreur vient quand on utilise la stratégie 1 alors que la 2 serait plus appropriée.
Et vice-versa.
Par exemple, l’argument qui permettait de voir venir la pandémie était purement théorique et mathématique (catégorie 2).
C’était donc dangereux de se reposer sur les expériences passées (catégorie 1).
À l’inverse, je vois beaucoup de gens réfléchir pendant des mois à "comment lancer son activité de solopreneur" (catégorie 2).
Alors qu’il serait plus efficace de simplement démarrer et itérer (catégorie 1).
Qu’est-ce qu’on peut retenir de tout ça ?
Face à chaque compétence que l’on veut développer, on doit se poser la question suivante :
"Est-ce que je peux pratiquer cette compétence de manière systématique et répétée ?"
Si oui, on est dans la catégorie 1 — La Pratique Délibérée.
Il faudra alors s’exercer pour gagner en compétence.
Si non, on est dans la catégorie 2 - Les Modèles Mentaux.
Il faudra alors réfléchir par analogie et apprendre de l’expérience des autres.
Pense à la compétence que tu essaies de développer en ce moment et demande-toi si tu peux pratiquer cette compétence de manière systématique et répétée.
Il y a de grandes chances que oui.
Les compétences où on n’a pas l’opportunité de réessayer après s’être planté sont rares.
Auquel cas tu sais ce que tu as à faire :
Agir.
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𝐓𝐮 𝐚𝐬 𝐚𝐢𝐦𝐞́ 𝐜𝐞 𝐩𝐨𝐬𝐭 ? 𝐉'𝐞𝐧 𝐞́𝐜𝐫𝐢𝐬 𝟏/𝐣𝐨𝐮𝐫 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐦𝐚 𝐧𝐞𝐰𝐬𝐥𝐞𝐭𝐭𝐞𝐫. 𝐂𝐥𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐢𝐜𝐢 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐫𝐞𝐣𝐨𝐢𝐧𝐝𝐫𝐞 (& 𝐫𝐞𝐜̧𝐨𝐢𝐭 𝐭𝐨𝐧 𝐊𝐢𝐭 𝐝𝐞 𝐏𝐞𝐫𝐟𝐨𝐫𝐦𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐨𝐟𝐟𝐞𝐫𝐭)