Loi de l'Apogée/Fin
À chaque fois qu’on me parle de douches froides, c’est le même scénario qui se répète :
"C’est vraiment que tu prends des douches froides chaque matin ?"
"Oui."
(pour être précis, depuis 2016)
"P***** moi je pourrais pas, je suis tellement frileux."
"Euh, perso je suis TRÈS sensible au froid."
"??? What ? Mais pourquoi tu t’infliges ça ?"
C’est vrai ça, pourquoi je m’inflige ça ?
Ou plutôt, pourquoi je crève d’impatience pour la prochaine quand je sors de la douche — alors que je crève (tout court) quand je reçois cette cascade gelée sur le crâne ?
On en a déjà parlé, l’unique but de notre cerveau est de nous protéger.
Alors pourquoi il me laisse avec cette envie de recommencer quelque chose de profondément inconfortable.
C’est assez contradictoire, non ?
Tout s’explique grâce à la Loi de l’Apogée/Fin.
Cette loi a été découverte dans les années 90 par le daron de l’économie comportemental : Daniel Kahneman.
Ce qu’elle dit est fascinant :
"Si on essaye d’évaluer une expérience passée, positive ou douloureuse, notre jugement ne se basera que sur deux choses : le moment le plus intense, et la fin."
Alors quel est le rapport avec la douche froide ?
Quand je sors de ma douche froide, mon cerveau est littéralement noyé sous les endorphines.
Je ressens une profonde sensation de bien-être, de clarté et d’énergie.
En d’autres termes, je finis sur une touche positive et j’oublie complètement que je versais de grosses larmes quelques secondes avant.
Résultat ➟ j'en veux encore.
On se souvient de nos expériences en se basant sur l’apogée et sur la conclusion.
Pas en analysant objectivement chaque moment.
Et l’expérience qui a permis à Kahneman de découvrir cette loi est (bien) marrante.
(à lire, pas à subir)
Cette étude portait sur le ressenti des patients à la suite d’une intervention médicale douloureuse.
Pour ça, ils ont interrogé 154 patients qui subissaient …
Une coloscopie.
Et comment il a fait ça ce gros lourd de Khaneman ?
Toutes les 60 secondes, il demandait aux patients :
"Sur une échelle de 1 à 10, à combien tu évalues ta douleur ?"
Maintenant, imagine-toi :
T’es sur la table d’opération …
Avec un truc en toi que tu aurais largement préféré avoir ailleurs …
Et un vieux mec n’arrête pas de te répéter :
"Et là, t’as mal ?"
Charmant.
Ce qu’il a découvert ?
La note globale dépendait essentiellement de 2 facteurs :
- Le seuil maximal de douleur ressentie
- Le seuil de douleur au moment où l’examen se terminait
La durée ?
Rien à foutre.
(Quasiment) aucune influence.
Voici un schéma tiré de l’étude originale.
Ce qu’il montre, c’est que si l’examen s’achève au bout de 10 minutes avec une douleur maximale (Patient A), tu en auras un bien plus mauvais souvenir que s’il dure 10 minutes de plus avec un niveau de douleur plus modéré (Patient B).
Une autre étude qu’a mené ce (sadique) de Kahneman ?
(faut vraiment l’enfermer)
Il a fait subir à des volontaires 2 épreuves désagréables successives :
- Épreuve 1 : plonger la main pendant 60 secondes dans de l’eau à 14°C
- Épreuve 2 : plonger la main pendant 60 secondes dans de l’eau à 14°C, puis la plonger 30 secondes dans de l’eau à 15°C.
Résultat ?
Encore une fois, tu l’as deviné : l’écrasante majorité des participants ont préféré refaire l’épreuve n°2.
Quand tu comprends ce biais cognitif, tu commences à comprendre beaucoup de choses.
C’est, par exemple, la raison pour laquelle tu peux te sentir nostalgique par rapport à tes relations passées.
Même si les moments que vous passiez ensemble étaient mouvementés, tu ne te rappelles que des pics de positivité …
Des moments d’extase …
Pas des moments de down (même s’ils étaient majoritaires).
C’est également pour cette raison que tu retournes au MacDo.
En soit, tu te fous de comment tu vas te sentir 2 heures après.
Ce qui t’importe, c’est le pic de dopamine que tu ressens pendant cette première bouchée.
Les études montrent autre chose de passionnant :
C’est également pour cette raison que l’on aura l’impression d’avoir pris plus de plaisir dans des vacances courtes se terminant en apothéose que dans des vacances longues qui se prolongent après le moment d’apothéose.
C’est excellent.
Ce qui nous intéresse au final avec tout ça, c'est de savoir comment tirer avantage de cette loi dans notre quotidien.
La réponse est simple :
En jouant sur les pics et les fins de nos expériences.
Par exemple :
- Essaie de terminer tes entrainements de sport avec de petits exercices de proprioception ou de stretching (ou quoique ce soit qui te fait plaisir)
- Force-toi à tenter de nouvelles choses : tu te souviendras bien plus des pics de ces nouvelles expériences que des moments où tu gis passivement sur ton canapé.
- Termine tes interactions avec les gens sur une note de positivité : offre un compliment, un message de remerciement, etc.
Et, quand tu peux, n’hésite pas à couper court à une expérience juste après son apogée.
(au lieu de la prolonger vers la lassitude)
Le cerveau humain est (fascinant et) complexe.
Je pense que c’est un des principaux enseignants que l’on peut tirer de tous les posts que je partage sur le sujet de la psychologie.
Mais il y en a un autre.
C’est que quand tu apprends à le comprendre, tu reprends (quasi) complètement le pouvoir.
C’est ce qu’on s’efforce de faire chaque jour ici, ensemble.
Comprendre, pour mieux agir — et construire une vie qui fait sens pour nous.
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𝐓𝐮 𝐚𝐬 𝐚𝐢𝐦𝐞́ 𝐜𝐞 𝐩𝐨𝐬𝐭 ? 𝐉'𝐞𝐧 𝐞́𝐜𝐫𝐢𝐬 𝟏/𝐣𝐨𝐮𝐫 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐦𝐚 𝐧𝐞𝐰𝐬𝐥𝐞𝐭𝐭𝐞𝐫. 𝐂𝐥𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐢𝐜𝐢 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐫𝐞𝐣𝐨𝐢𝐧𝐝𝐫𝐞 (& 𝐫𝐞𝐜̧𝐨𝐢𝐭 𝐭𝐨𝐧 𝐊𝐢𝐭 𝐝𝐞 𝐏𝐞𝐫𝐟𝐨𝐫𝐦𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐨𝐟𝐟𝐞𝐫𝐭)