50% de nos souvenirs sont faux
Avant de commencer la lecture de cette vague, tu vas devoir faire un pacte avec toi-même :
Celui d’accepter de remettre en question tous tes souvenirs les plus précieux.
Si tu n’es pas prêt à t’ouvrir à cette éventualité, quitte ce mail.
Parce que ce qu’il s’apprête à te révéler va te retourner le cerveau.
Deal ?
Ok, feu.
Tout a commencé un mardi à la salle.
J’écoutais une intervention de Joe Dispenza sur le podcast de Steven Bartlett quand il a droppé une bombe :
« 50% de nos souvenirs sont faux. »
Au début, j’étais en mode :
« Qu’est-ce que tu racontes mon Jo-jo ? »
Le truc, c’est que je le connais bien le Jo-jo.
Et je sais que c’est pas la moitié d’un salaud (comme dirait mon grand-père).
Pour la petite histoire, Joe Dispenza a fait re-marché l’ex d’un ami qui était sur fauteuil à cause d’une sclérose en plaques.
Donc en termes de connaissance du cerveau humain, je pense qu’il a 2-3 choses à nous apprendre.
J’ai décidé de suivre ma curiosité.
Et ce que j’ai découvert est intéressant.
Je n’ai trouvé aucun chiffre sur le fameux « 50% ».
Par contre, j’ai découvert qu’en effet, une grande partie de nos souvenirs sont faux.
Et pas juste "légèrement inexact".
Je parle de souvenirs totalement reconstruits, modifiés, réécrits.
Ce qui m’a amené à une réflexion :
Et si la raison pour laquelle il est difficile de dire adieu au passé était précisément celle-là ?
Et si la raison pour laquelle certains évènements nous hantaient pendant des années venait de ce biais cognitif ?
Et si la clé du lâcher-prise résidait dans cette réalité neuroscientifique ?
Les gens pensent que notre cerveau est un disque dur qui stocke fidèlement nos souvenirs.
En réalité, c'est un conteur d'histoires obsessionnel qui réécrit constamment notre passé pour qu'il corresponde à notre présent.
Et c'est précisément ce qui nous garde prisonniers.
La plus efficace des prisons est celle que crée ton propre esprit.
Alors dans cette vague, on va explorer :
- Comment ton cerveau falsifie activement ton passé (et pourquoi c'est normal)
- Les 4 façons dont ta mémoire te trahit quotidiennement
- Pourquoi tes narratifs les plus douloureux sont souvent les moins fiables
- Comment utiliser cette connaissance comme une arme de libération massive
Fais-toi couler un bon café.
Branche tes écouteurs.
Et prépare-toi à remettre en question certains fragments de ton passé.
1. Ta mémoire est une menteuse professionnelle
Pendant longtemps, on a cru que la mémoire fonctionnait comme une caméra vidéo.
- Un événement se produit
- Ton cerveau l'enregistre
- Quand tu veux t'en souvenir, il suffit d'appuyer sur "play"
C'est faux.
La réalité est bien plus troublante :
À chaque fois que tu te souviens d'un événement, tu ne te souviens pas de l'événement lui-même …
Mais de la dernière fois que tu t'en es souvenu.
De ton dernier souvenir de cet évènement (Smorti, 2011).
C'est comme jouer au téléphone arabe avec toi-même.
Chaque rappel modifie légèrement le souvenir.
Après des années, ce qui reste n'a parfois qu'un lointain rapport avec ce qui s'est réellement passé.
Des recherches en neurosciences montrent que lorsque nous nous souvenons de quelque chose, nos cerveaux entrent dans un état appelé "labilité" — une période où le souvenir devient temporairement modifiable avant d'être à nouveau stocké.
Et à chaque fois, ton cerveau ajoute un filtre.
2. Pourquoi tes narratifs sont falsifiés
Il existe 4 raisons principales pour lesquelles tes souvenirs sont constamment réécrits :
1. La quête de cohérence identitaire
Ton cerveau est obsédé par la cohérence.
Il veut absolument que ton histoire personnelle corresponde à qui tu penses être aujourd'hui.
Si tu te considères comme quelqu'un de courageux aujourd’hui, ton cerveau va subtilement modifier tes souvenirs pour te montrer plus courageux dans le passé qu'il ne l'était réellement.
Si tu te vois comme une victime, ton cerveau amplifiera les moments où tu as été maltraité.
Ton Tunnel de Réalité actuel façonne littéralement ta perception du passé.
Et ça, ça me tabasse (pour rester poli).
« La mémoire autobiographique est en partie façonnée par les récits que nous construisons sur nous-mêmes, et ces récits évoluent au fil du temps en fonction de nos interactions sociales et de notre identité actuelle. » (Smorti, 2011)
2. L'influence des émotions
Les émotions que tu ressens au moment de te souvenir d'un événement colorent ce souvenir.
Si tu es déprimé quand tu te souviens de ton enfance, ces souvenirs apparaîtront plus sombres.
Si tu es heureux quand tu te rappelles ton ex, tu te souviendras davantage des bons moments.
C'est pourquoi les mêmes souvenirs peuvent sembler radicalement différents selon ton état émotionnel du moment.
« Lorsqu’une personne est déprimée, elle a tendance à rappeler plus facilement des souvenirs négatifs, et inversement lorsqu’elle est joyeuse. Ce phénomène est appelé effet de congruence à l’humeur. » (Lemogne et al., 2006)
3. Le besoin de donner du sens
Ton cerveau déteste le chaos et les coïncidences.
Il cherche constamment des patterns, des liens de cause à effet, des raisons derrière chaque événement.
Quand quelque chose d'aléatoire ou d'inexplicable se produit, ton cerveau invente littéralement des explications pour combler les trous.
C'est ce qu'on appelle le Biais de Rétrospection — l'illusion que tu savais ce qui allait se passer avant que ça n'arrive.
4. L'influence sociale et culturelle
Tes souvenirs sont également façonnés par :
- Ce que les autres te racontent
- Les récits culturels dominants
- Les attentes sociales
Après avoir discuté d'un événement avec un ami, tu peux inconsciemment intégrer des éléments de sa version dans ta propre mémoire.
Les histoires que ta famille raconte encore et encore sur toi finissent par devenir tes propres souvenirs — même si tu ne t'en souviens pas réellement.
« La mémoire autobiographique est fortement influencée par les interactions sociales et les récits culturels dominants, ce qui peut modifier la façon dont nous nous souvenons de notre passé. » (Fivush et al., 2011)
3. Pourquoi c'est si important de le comprendre
Imagine un instant l'implication profonde de cette réalité :
La moitié de ce qui te hante n'est probablement pas arrivé comme tu le crois.
- Ces échecs cuisants dont tu as honte ?
- Cette trahison qui te fait encore souffrir ?
- Cette décision catastrophique que tu regrettes amèrement ?
Tous ces souvenirs qui influencent :
- Tes décisions
- Tes peurs
- Tes limitations
... sont en grande partie des reconstructions douteuses.
Tu es littéralement prisonnier de narratifs que ton cerveau a (en partie) inventés.
C'est à la fois terrifiant et libérateur.
- Terrifiant parce que ça remet en question tout ce que tu pensais savoir sur toi-même
- Libérateur parce que ça te donne l'opportunité de réécrire ton histoire et de t'en libérer
4. Comment utiliser cette connaissance comme une arme de libération
Quand tu comprends que tes souvenirs sont malléables, une nouvelle porte s’ouvre dans ton Tunnel de Réalité :
« Si c’est malléable, alors pourquoi ne pas les modeler ? »
Voici comment utiliser cette connaissance pour briser tes chaînes mentales :
1. Interroge systématiquement tes "vérités" absolues
- « Je suis nul en math »
- « Je ne suis pas fait pour les relations »
- « Je ne suis pas bon pour me souvenir des prénoms »
Tous ces narratifs sont probablement basés sur des souvenirs déformés qui sont devenus des prophéties auto-réalisatrices.
La prochaine fois que tu te dis « je suis comme ça parce que X s'est passé », demande-toi :
« Est-ce vraiment ce qui s'est passé ? Ou est-ce la version que mon cerveau a construite pour justifier mes comportements actuels ? »
Ça pique.
Mais c’est tellement efficace.
2. Réalise que la personne que tu étais n'existe plus
Une deuxième façon de se libérer est de réaliser que cet humain n’existe plus.
Quand tu te souviens d'une erreur passée, tu n'es plus la personne qui a commis cette erreur.
- Ton identité a changé.
- Ton cerveau a changé.
- Tes connexions neurales ont changé.
Tu te souviens d'une personne qui a disparu.
Cette réalisation peut te libérer de la honte et des regrets persistants.
3. Recadre volontairement tes souvenirs
Si ta mémoire est de toute façon une menteuse, pourquoi ne pas l'utiliser à ton avantage ?
Tu peux consciemment réinterpréter tes souvenirs douloureux sous un angle plus constructif.
Ce n'est pas du déni — c'est l’utilisation de la fameuse Carte Maitresse stoïque :
Celle qui consiste à faire évoluer tes narratifs.
Puisque nos croyances sont fausses à un niveau élémentaire, autant choisir des croyances qui nous propulsent plutôt que celles qui nous limitent.
4. Accepte l'impermanence de ton histoire personnelle
Comprendre la nature fluide de ta mémoire, c'est comprendre que ton histoire personnelle n'est pas gravée dans le marbre.
Elle est plus semblable à un jardin qui évolue constamment où certaines plantes meurent pendant que d'autres fleurissent.
Ce jardin est le tien.
Tu peux décider ce qui y pousse.
5. Le paradoxe final
Peut-être que le plus fascinant dans tout ça, c'est que la mémoire fonctionne exactement comme elle doit fonctionner.
Son but n'est pas de te donner un enregistrement fidèle du passé.
Son but est de t'aider à :
- Naviguer dans le présent
- Anticiper le futur
Ta mémoire est un outil d'adaptation — pas un livre d'histoire.
Notre passé n'est pas figé.
C'est une Odyssée (en constante réécriture) dont nous sommes à la fois l'auteur et le lecteur.
Quand tu acceptes cette réalité, tu réalises que tes Démons Intérieurs n'ont peut-être jamais existé sous la forme que tu leur attribues.
Ils sont des constructions.
Des fantômes créés par ton propre esprit.
Et tout ce qui est construit peut être déconstruit.
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𝐓𝐮 𝐚𝐬 𝐚𝐢𝐦𝐞́ 𝐜𝐞 𝐩𝐨𝐬𝐭 ? 𝐉'𝐞𝐧 𝐞́𝐜𝐫𝐢𝐬 𝟑/𝐬𝐞𝐦𝐚𝐢𝐧𝐞 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐦𝐚 𝐧𝐞𝐰𝐬𝐥𝐞𝐭𝐭𝐞𝐫.
𝐂𝐥𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐢𝐜𝐢 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐫𝐞𝐣𝐨𝐢𝐧𝐝𝐫𝐞 (& 𝐫𝐞𝐜̧𝐨𝐢𝐭 𝐭𝐨𝐧 𝐊𝐢𝐭 𝐝𝐞 𝐏𝐞𝐫𝐟𝐨𝐫𝐦𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐨𝐟𝐟𝐞𝐫𝐭)